Questions de lecteur – « Pratiquer 2 arts martiaux en même temps. »

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L’auteur de ce message est un fidèle lecteur du blog, et aussi l’un de mes élèves. Celui-ci pratique l’aïkido en parallèle du karaté.

J’ai une (des) question(s) à propos de la double pratique depuis quelque temps, où j’ai l’impression (peut-être fausse) d’avoir progressé autant physiquement que sur la voie que je suis pour le moment. Je me retrouve de plus en plus souvent à devoir me « justifier » auprès d’autres pratiquants « purs », qui ne comprennent pas que je m’investisse dans les deux pratiques… Mon sentiment profond est que les deux pratiques ne se neutralisent pas, mais juste que ça prendra plus de temps pour avancer, car au final, je vois deux fois plus de situations, et que donc je dois apprendre deux fois plus de choses (c’est mal exprimé, mais c’est plus une sensation qu’une réflexion). Du coup, j’en arrive à mes questions : comment toi (qui as au moins deux pratiques différentes) tu gères/vis ça ? Le Karaté te pollue l’Arnis Kali, ou vice versa ? Alain

Rien ne pollue si tu travailles sur les principes.

On me demande souvent quand il est préférable de commencer une seconde discipline. J’ai commencé quand j’étais ceinture marron, 1er kyu de karaté, lorsque mon père et ma mère ont ouvert le Shaolin Toulouse. J’avais 14 ans et j’ai découvert cinq autres disciplines martiales : Aïkido, Nihon Tai Jitsu, Taichi, Kung-Fu et Tae Kwon Do. J’étais intrigué et j’ai franchi le cap de tester ces disciplines. Je me suis davantage investi dans certaines, en laissant les autres de côté pour un moment.

lionel en karate-gi seishin

Quand commencer un autre art martial ?

Pour commencer une discipline martiale en parallèle, il est important d’avoir des bases dans la première, des fondations solides, surtout si les deux disciplines sont proches, comme le Karaté et le Kung-Fu.

Mais si les disciplines sont « d’apparences éloignées », il est moins important d’avoir un passé martial. Et c’est ton cas.

Commencer le Karaté et l’Aïkido en même temps n’est pas un problème à mon sens. Par exemple, le karaté va te permettre d’attaquer sincèrement tes partenaires en aïkido. Rares sont les aïkidokas sachant attaquer « correctement » et donc se défendre contre de telles attaques. Mais les bons aïkidokas recherchent des attaquants de qualité pour éprouver leur technique. Le Karaté va aussi t’apprendre à travailler seul pour réaliser tes katas. Le travail solitaire est extrêmement rare en Aïkido.

L’Aïkido va te permettre d’être moins « bourrin » dans ton Karaté. La puissance ne réside pas dans la force physique, mais dans l’unité du corps. En Goju-Ryu, par exemple, les pratiquants ne recherchent pas à bloquer fort l’attaque, mais à la dévier.

D’apparence, ces deux disciplines ne partagent pas beaucoup de choses. Ce n’est qu’une apparence. Elles partagent énormément de choses. Pour que cela apparaisse, il va falloir aller au cœur des deux disciplines, ne pas rester en surface. Il faut plonger au cœur des principes.

Karate et Aïkido
Photo de Shizuka Sasa-Tamaki

Cherche ce qui te manque

Pour ma part, pratiquer d’autres disciplines me permet de sortir de ma zone de confort et de chercher l’esprit du débutant (Shoshin 初心).

Aller vers la complémentarité pour choisir sa seconde discipline

Associer le Karaté et l’Arnis Kali est un choix pertinent à mon sens. Le Karaté va permettre d’appréhender le travail du poings-pieds. L’Arnis Kali va t’apporter le combat au bâton et au couteau. Les distances et règles de sécurité ne sont plus du tout les mêmes. Arrivés à un certain niveau, les arnisadores passent au travail de mains nues, et, là, les points communs entre les deux disciplines sont plus prononcés.

Le Karaté et le Nihon Tai Jitsu constituent aussi une bonne combinaison. Le Nihon Tai Jitsu va apporter une connaissance plus poussée dans l’art des projections (Nage Waza), des clés (Kansetsu Waza), des étranglements (Shime Waza). Il en existe bien sûr dans le Karaté, mais elles sont bien cachées et pas souvent transmises. De son côté, l’art de la main vide permettra au Nihon Tai Jitsuka d’aller en profondeur dans son étude des Atémis.

Une autre combinaison gagnante est celle du Karaté et du Taichi. Le Taichi va amener le karatéka à prendre le temps de faire ses techniques, à se centrer. Le Taichi va l’obliger à faire une introspection sur sa pratique et son ressenti. Le Karaté va amener le dynamisme, l’explosivité, l’engagement, qui manquent souvent aux pratiquants d’arts internes.

Le Karaté est un art de combat debout, de poings-pieds. Sa grande lacune est le combat au sol. On peut combler cela en pratiquant le Ju-Jitsu brésilien par exemple. Quant aux pratiquants de sol, ils apprendront à gérer le combat debout avant d’arriver dans leur zone de confort au sol.

Les combinaisons sont nombreuses et variées.

Arnis Kali Doblete Rfapilon Lionel Froidure
Photo de Anna Froidure

Pratiquer deux arts martiaux en même temps demandera plus de temps pour acquérir les principes, car tu vas diviser, équitablement ou pas, ton temps disponible dans deux pratiques. Mais tu ne perdras pas ton temps, car, un jour, les principes se recouperont et tu feras un grand bond dans ta pratique.

Anecdote : À Shizuoka, sensei Minoru Mochizuki enseignait à tous ses élèves l’Aïkido, le Karaté, le Judo, le Ken Jutsu, etc. Puis, chaque disciple se spécialisait dans la discipline qui lui correspondait le mieux.

Nourrir sa pratique

Quand j’ai commencé à pratiquer d’autres disciplines, l’Aïkido faisait partie des disciplines où j’ai accroché. Il m’a apporté une notion de cercle, kuzushi, tsukuri, de spirale, que je n’avais pas vues dans le Karaté que je pratiquais à l’époque. J’ai retrouvé ces principes dans l’Arnis, le Nihon Tai Jitsu, le Yi Quan et le Taichi. Ces notions sont aujourd’hui bien présentes dans ma pratique. J’ai nourri mon Karaté avec des notions d’autres arts martiaux. Avec le temps, j’ai découvert que c’était aussi dans le Karaté, mais pas montré, expliqué et démontré de la même façon (ou je ne l’avais pas vu). Mais le principe est bien le même ; il est juste adapté.

Lionel Froidure en Corée Hapkido JJK

Il m’arrive régulièrement de faire des stages avec des sensei et j’aperçois avec plaisir ces principes sur lesquels je travaille depuis des années dans d’autres disciplines. Et cela me réconforte dans mes recherches.

Suivre des cours dans une autre discipline, avec un autre sensei, c’est découvrir un langage et une pédagogie différents. C’est pour cela que j’aime pratiquer d’autres disciplines martiales. C’est la genèse du Imagin’ Arts Masterclass : partager les connaissances et principes à travers un stage.

Cultivons les points qui nous rassemblent plutôt que ceux qui nous séparent.

Je terminerai en mettant en garde les pratiquants passant d’un art à un autre sans jamais aller au cœur des choses. Ils pratiqueront toute leur vie, et auront passé toute leur vie à côté du vrai joyau de l’étude et de la pratique.

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11 Comments

  1. Grande réflexion..j’ai pour ma part, pratique le judo et la lutte greco romaine avant de venir au shotokan. Je confirme ta position, c’est une très belle complémentarité pour parer les saisies et le travail au sol. En revanche, je pense que de nombreuses techniques sont dans nos katas supérieurs mais peu travaillées .il faut persévérer dans notre style pour approfondir .mais cela a l’avantage d’être plus humble et éviter absolument cet esprit sectaire qui consiste à penser que seul notre style est le meilleur .oss

  2. Chaque pratique intègre un philosophie d étude et l acquisition d une  » forme de corps  » propre. J ai pratiqué dans le passé 4 disciplines en même temps…judo..jujitsu…aïkido et karaté tokitsu….deux réflexions : il me paraît important de maîtriser correctement une discipline avant de pouvoir en absorber une autre…le corps a une « mémoire » et c est le corps qui décide du temps d apprentissage.
    Il me paraît egalement important de bien dissocier les pratiques et ne pas chercher á faire des raccourcis. ..avec le temps les elerments s emboîtement naturellement et ces richesses d apprentissages donnent des satisfactions multiples pour qui cherche sa voie martiale. Denis

  3. Quand on a une certaine pratique dans un art martial, se mettre à en pratiquer un autre nous rappelle aussi qu’on est toujours débutant quelque part. Et c’est important même sans avoir développé d’excès de confiance dans notre pratique initiale. On voit des situations qu’on a peu être jamais vues ou bien que le gens aborderont de manière différente (nous sortant de notre « zone de confort »). Je trouve cela presque essentiel pour ne pas risquer de « s’encrouter » dans une seule philosophie (un seule vérité?) et oublier ce qui, malgré tout, reste le sujet d’un art martial: une pratique de self défense en plus d’une philosophie de vie. Les deux se nourrissent de la diversité.

  4. Merci Lionel, un bel article. Pour ma part j’ai commencé les Arts Martiaux en pratiquant le Nippon Kempo qui est un mélange de Karaté, de Judo, d’Aïkido et de Jiu-jitsu. Cela ne ma pas dérangé bien au contraire. J’ai du arrêter à la ceinture bleue, suite à un accident de parcours, une vilaine blessure au genoux…
    Quelques années après j’ai commencé le Taiji Quan, j’ai pu progresser plus rapidement que d’autre grâce à ma pratique du Nippon Kempo. Quand j’enseigne le Taiji Quan, je n’oublie pas ce que j’ai appris dans le Kempo, en leur transmettant également ce qui est caché dans la pratique du Taiji. Les projections et les Qin Na (clé et luxation), par exemple.

  5. Article très intéressant. Merci. Pour m part je pratique le karaté Shotokan et la boxe thaï, pour moi c’est complémentaire, la boxe m’offrant l’opportunité de travailler mes coups d’une façon plus appuyés, d’accepter d’avoir mal; d’aller au contact…même si l’on ne frappe pas comme des bûcherons….;-)

  6. Je pense en effet que le fait de garder le shoshin est une chose fondamentale pour n’importe quel pratiquant de n’importe quelle discipline de n’importe quel niveau! Et de progresser dans différents arts martiaux et d’avoir des cours hors de sa zone de confort offre la possibilité de conserver l’esprit shoshin,enfin je pense. ^^

  7. Excellente question! Je partage ton point de vue Lionel, Avec du temps et de la persévérance tout le monde est capable de gravir la montagne, seul les chemins que l’on prend sont différents. Tous ça pour dire que les Arts Martiaux sont tous complémentaires les uns des autres, et viennent nourrir le pratiquant et l’élève que nous sommes et seront toujours. Cependant je pense qu’il faut avoir un fil conducteur solide qu’il ne faut pas délaisser, une discipline pour laquelle nos bases sont importantes, c’est notre socle. Car sinon à chaque stage que l’on fait avec un nouvelle expert, on arrête tout et on recommence autre chose. Aussi à partir d’un certain niveau (ceinture noire) on peut et je dirai même que l’on doit aller s’enrichir techniquement, pédagogiquement, humainement … auprès d’autres disciplines, et ainsi grandir dans notre pratique. Bonne année à toute et à tous, profitez bien de cette année pour pratiquer … Ous!

  8. Le chemin à prendre 《 pour moi 》 est de parcourir la voie « DO » qui nous ressemble et nous correspond le mieux.
    l art martial est un outil pour atteindre cette voie….
    Maintenant pratiquer plusieurs disciplines…comme les samouraïs…demande beaucoup de temps d étude. .difficilement compatible avec notre vie actuelle.
    Denis

  9. Et ne pas oublier non plus que la « voie » (peu importe comme on l’appelle mais c’est une recherche personnelle, individuelle ) peut être trouvée et accomplie en dehors des arts martiaux et à travers d’autres disciplines. Ca peut être la peinture, le jardinage ou le tricot. Peu importe. L’ essentiel étant de faire ce travail de reherche de ce qui nous correspond hors de toute influence et évidence. (On oublie d’ailleurs souvent que les samouraïs par exemple pratiquaient pour beaucoup, quand l’époque le permettait des disciplines, non martiales avec la même ferveur que leur technique de combat. )

  10. Merci a tous pour ces infos et conseil etant aikikai et auparavant judoka les deux peuvent ce completer je pense dans certains cas mais ce qui est importants c est ce que chaque disciplines peut vous apporter au quotidien la est l interet de pratiquer plusieur arts mais garder celui de base comme pilier et ajouter les autres selon le besoin que l on ressent

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Salut les budokas

lionel froidure karate

Je suis Lionel Froidure, budoka, karatéka, arnisador, réalisateur de nombreux DVD d’arts martiaux, présentateur des documentaires En Terre Martiale et j’adore partager mes découvertes pour vous aider à progresser. Au-delà de la transmission, mon but est d’inspirer les pratiquants à s’entraîner et de vivre leurs rêves comme moi.

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