Thierry Alibert : du Karaté au Taichi [interview]

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Thierry Alibert est un expert de Tai Chi Chuan Yang ancien et moderne. Il parcourt la France pour partager sa passion de l’art martial chinois.

Cela fait des années que je le connais, et je suis très content de pouvoir travailler avec lui, tant dans la réalisation de DVDs pédagogiques de Taichi Yang, que de l’avoir fait venir au Imagin’ Arts Masterclass.

Je te propose de découvrir son histoire de pratiquant que j’ai enregistré récemment à la fin d’un tournage Taichi Yang sur les applications martiales de la forme ancienne.

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Coffret 4 DVD Tai Chi Chuan Yang – Forme 108 mouvements + applications martiales à 69 euros.

Retranscription écrite de l’interview : Thierry Alibert – du Karaté au Taichi

Lionel FROIDURE
Dis-moi comment tu es rentré dans le monde des arts martiaux ?

Thierry ALIBERT
J’ai commencé les arts martiaux il y a maintenant 35 ans, en 1980, après avoir un peu pratiqué le football, comme beaucoup de jeunes à l’époque, et dans un deuxième temps le rugby, donc il faut croire que j’aimais un petit peu les sports de contact ! On est au pays du rugby dans le Sud-Ouest donc forcément, il m’était facile d’accéder à un club.

Mais le vrai coup de foudre avec les arts martiaux, je l’ai eu avec le fameux Bruce Lee -que tout le monde connaît- puisque mon meilleur ami de l’époque m’a invité à aller au cinéma, peut-être une de mes premières sorties autorisées par mes parents… J’ai donc pu aller voir le fameux Bruce Lee au cinéma et c’est ce qui m’a vraiment donné l’envie; j’ai trouvé qu’il y avait en Bruce Lee une force, qu’il dégageait à l’écran une énergie incroyable et c’est ce qui m’a vraiment donné envie de m’y mettre.

Lionel FROIDURE
Et tu t’es donc dirigé vers ?

Thierry ALIBERT
Dans un premier temps vers le Karaté Shotokan puisqu’à Gourdon, petite ville d’à peine 5 000 habitants, j’avais la chance, déjà à l’époque, d’avoir un club de Karaté qui était naissant : c’est le club de judo de Gourdon, qui était plus ancien, qui avait monté une petite section et j’ai eu la chance de rencontrer dans ce club un certain Pascal SIGNAT, déjà bien connu et toujours connu dans le monde des arts martiaux aujourd’hui, puisqu’il est passé récemment 7ème dan; j’ai appris la bonne nouvelle tout récemment et d’ailleurs je le salue bien à travers cet interview !
Pascal SIGNAT s’occupait du club de Sarlat -à 25 kilomètres de Gourdon-, à l’époque il avait monté une petite section à Gourdon et c’est donc grâce à ce club que j’ai rencontré le Karaté.

Lionel FROIDURE
Qu’as tu trouvé dans le Karaté ?

Thierry ALIBERT
Paradoxalement, je cherchais déjà plus la forme ronde du Kung-Fu puisque, encore une fois, c’est le mythique Bruce Lee qui m’avait donné l’envie et finalement, dans le Karaté, je ne retrouvais pas tout à fait cette forme ronde de l’art martial chinois, mais il y avait malgré tout beaucoup de similitudes car, on le sait bien, tous les arts martiaux mènent au même endroit. J’ai donc très vite compris qu’à travers le Karaté, je pourrais trouver la même énergie, la même force qu’à travers les arts martiaux chinois et j’ai été convaincu assez vite, d’un côté par le travail purement technique des katas, puisque Pascal SIGNAT avait déjà formé un élève à Gourdon qui avait un très bon niveau technique, un puriste de la technique, qui m’a donc donné l’amour de la technique, et de l’autre côté, Pascal SIGNAT m’a donné l’amour du travail de compétition, du travail de combat.
J’ai donc eu la chance d’avoir deux professeurs, un technicien et un combattant, ce qui m’a permis de tout de suite trouver mon compte dans cette pratique.

Lionel FROIDURE
Tu as fait pas mal de compétitions combat en Karaté …

Thierry ALIBERT
Oui. Très modestement en junior -puisque lorsque j’ai commencé, j’étais encore junior- j’ai réussi à grimper grâce à cette équipe sarladaise qui avait déjà un très bon petit niveau en combat, qui était elle-même rattachée à l’équipe de Parentis-en-Born, à côté de Bordeaux, j’étais le « petit cadet » de la bande, Pascal mon professeur était encore junior à l’époque et j’ai donc eu la chance de participer à des compétitions régionales, qui m’ont ensuite amené aux championnats de France, en particulier aux championnats de France par équipe, jusqu’au jour où j’ai décroché une seconde place en individuel, ma dernière année de junior, ce qui m’a permis de goûter aux joies de l’équipe de France, au moins une saison … J’ai eu le plaisir de participer aux championnats d’Europe qui ont eu lieu en 1986 à Sion, en Suisse, et le double plaisir de rencontrer le fameux Christophe PINNA, dont on connaît la carrière; il était lui aussi dans cette équipe, il venait du Taekwondo, à l’époque il débutait dans les championnats de Karaté à haut niveau et on sait le chemin qu’il a fait ensuite !

Pour moi, cela a été assez éphémère puisque je suis ensuite passé chez les grands, chez les seniors et là, j’ai trouvé un fossé parce que forcément, étant sur Gourdon avec peu de moyens, peu de partenaires de travail pour continuer à progresser, il m’a ensuite été un peu difficile de suivre le rythme en senior. Mais à l’époque, cela a été une belle petite aventure en junior !

Lionel FROIDURE
Combien de temps a duré cette aventure Karaté ?

Thierry ALIBERT
Elle a duré grosso modo de l’âge de 15 ans, âge auquel j’ai commencé, jusqu’à 35, 40 ans, même si à la fin cela a diminué progressivement puisque j’enseignais beaucoup, je pratiquais de moins en moins, pour les raisons que l’on va évoquer puisque le Tai Chi avait déjà pris une grande place dans mon quotidien. Donc de 15 à 40 ans, cela a été assez intensif en Karaté mais aussi en Full contact, puisque c’était la grande époque du Full contact et j’ai rapidement ajouté, à côté de ma pratique du Karaté, celle du Full contact; j’ai commencé le Karaté à 15 ans, le Full contact deux ou trois ans après et il ne m’a jamais quitté puisqu’encore aujourd’hui, j’ai le plaisir de transmettre le pieds-poings à travers le Karaté full contact, instauré à la FFK.

Lionel FROIDURE
J’ai d’ailleurs vu que tout récemment, une de tes « petites jeunes » s’était démarquée …

Thierry ALIBERT
Oui, elle s’est illustrée un petit peu en contact puisqu’elle a été championne de France ! C’est vrai que l’on a un petit club à Gourdon qui se tient, avec une quarantaine d’adhérents, donc c’est pour moi une joie puisque c’est une façon de revenir un peu à mes premières amours : après avoir fait un grand périple pour le Tai Chi, me voici revenu depuis 6 ou 7 ans dans le pieds-poings à travers le Karaté contact; je n’ai pas pu reprendre le Karaté traditionnel parce que l’on sait combien il faut s’investir dans cet art si on veut le faire correctement et donc le contact me permet de continuer à m’amuser, sans la contrainte de toute la partie traditionnelle des katas, etc.

bourdon karate full thierry alibert
Crédit photo : © La dépêche du Midi

Lionel FROIDURE
Donc Karaté, Karaté Contact, Full Contact, et on arrive aux arts martiaux chinois internes … Qu’est-ce qui t’a fait virer ?

Thierry ALIBERT
Je dirai que c’est « le mal pour le bien », comme l’on dit, c’est-à-dire que rapidement je me suis malheureusement blessé, je devais avoir une constitution articulaire et osseuse un peu fragile, car quasiment à l’âge de 19, 20 ans, c’est-à-dire 4 ou 5 ans après mes débuts, j’ai commencé à déjà ressentir des petits soucis articulaires, liés peut-être à mon trop-plein de volonté, au fait que je m’entraînais beaucoup seul, car même si Pascal SIGNAT et mon professeur de l’époque étaient là pour les entraînements, j’avais tendance à être déjà très autodidacte dans l’âme, je travaillais donc beaucoup à côté tout seul et je pense que j’ai un petit peu « forcé la machine » !

Je devais être de nature un peu fragile au niveau osseux, comme certains, ce qui fait que 5 ou 6 ans après, j’avais déjà des petits soucis articulaires assez prononcés et comme il n’y a pas de hasard, j’ai aussi suivi à l’époque un autre enseignant, Bernard SAUTAREL, qui est toujours en activité et qui, à l’époque, m’a fait découvrir la voie de l’art interne puisque dès les premiers stages que j’ai pu suivre chez lui, j’ai pu me rendre compte à quel point le travail interne pouvait être efficace. Il était déjà lui-même adepte des arts internes (Tai Chi, Qi Gong) et dans tous ses stages de Karaté, on avait droit à une partie interne très marquée, très prononcée et j’ai vu alors à quel point cela pouvait m’être salutaire de travailler dans ce sens.

Je dirai donc que très rapidement, à l’âge de 20 ans, j’ai découvert, j’ai rencontré le monde des arts internes. Je m’y suis mis de manière assez assidue, bien sûr pas autant que l’externe mais petit à petit, dans le temps, c’est l’interne qui a pris le dessus sur l’externe, grâce à cette rencontre.

Lionel FROIDURE
Tu as aussi fait de la compétition Tai Chi, peux-tu me raconter un petit peu ?

Thierry ALIBERT
Oui, pourquoi la compétition en Tai Chi ? Cela peut paraître un peu paradoxal mais en même temps, on sait tous que quand on pratique un art martial, si on doit accéder à la compétition, c’est avant tout pour faire de la compétition contre soi-même, le premier adversaire c’est soi, c’est bien connu et donc je suis vraiment allé dans ces compétitions avec cet esprit-là en premier lieu, je n’ai d’ailleurs quasiment fait que de la compétition de Tao Lu, avant de faire quelques expériences en Tui Shou, mais très rares.

Donc mon message serait : quand vous pratiquez le Tai Chi Chuan, n’hésitez pas aller vous tester, en fait à aller tester votre niveau énergétique, tout simplement, la question étant : dans quel état énergétique je me trouve quand je suis face à un jury, face à un jury de connaisseurs a priori, qui plus est des jurys chinois quand on va se « frotter » un petit peu aux chinois ! Avec des spectateurs, des amis qui sont là, qui vous accompagnent, des supporters, etc.
L’idée n’est pas de gagner sur les autres, mais bien de gagner sur soi, de vaincre ses peurs profondes, ses angoisses, etc., et de voir un peu quel est son niveau énergétique.

Pour moi, c’était avant tout pour cela et je serais prêt encore à le faire, s’il fallait le refaire. Même si, encore une fois, je comprends que pour beaucoup la compétition en Tai Chi puisse être une grande question, je dirai que c’est peut-être une des meilleures façons, avec le travail de Tui Shou, etc., d’aller tester de temps en temps son niveau énergétique du moment et voir où l’on en est. Je suis convaincu que cela fait progresser et je sais personnellement que la compétition m’a fait énormément avancer.

Encore une fois, en Tai Chi, on n’est pas dans l’esprit de compétition sportive, on ne fait pas des compétitions tous les week-ends ou tous les 15 jours, c’est peut-être 1 rendez-vous important par an ou tous les deux ans, pour lequel on se prépare tranquillement à la méthode Tai Chi, c’est-à-dire en profondeur, en douceur; on prend le temps et on arrive le jour J pour voir comment cela se passe et je pense que cela peut aider, même si ce n’est pas vital, loin s’en faut !

Lionel FROIDURE
Qu’est-ce que tu retrouves dans l’interne que tu avais déjà dans l’externe ? Quels sont leurs points communs ?

Thierry ALIBERT
Je dirai qu’à l’arrivée, on fait la même chose !

Aujourd’hui, dans notre monde, on a tendance à trop séparer l’interne de l’externe, ce que je trouve un peu dommage car malheureusement, à mon sens, les gens de l’interne ont tendance à trop faire de l’interne; c’est encore vrai aujourd’hui, même si je pense que c’est en train de changer et, à l’inverse, les gens de l’externe ont tendance à trop rester dans l’externe, même si certains pratiquants de l’externe font, sans le savoir, un travail interne très juste. Mais la frontière est encore assez nette, alors que la base du Tao, c’est bien de dire que le Yin et le Yang sont complémentaires et inséparables.

Je dirai donc que l’on fait tous la même chose, c’est juste une histoire de conscience, de profondeur des choses, de travail interne et petit à petit, on est censé se rejoindre; c’est d’ailleurs ce que j’ai ressenti dès le début, en comprenant qu’en fait, il ne fallait pas les séparer.

thierry alibert expert en tai chi chuan

Lionel FROIDURE
A travers toutes ces années de pratique et maintenant d’enseignement, tu navigues vraiment partout pour enseigner, tu enseignes du moderne, de l’ancien et donc, pour les gens qui ne connaissent pas, peux-tu faire un petit topo sur le Tai Chi moderne et le Tai Chi ancien ?

Thierry ALIBERT
En fait, le Tai Chi que l’on connaît aujourd’hui, cette succession de mouvements lents, avec l’image que l’on a de ces personnes âgées en Chine qui pratiquent dans les parcs, à un rythme régulier, etc., est finalement une version assez « moderne » de la chose qui remonte à environ un siècle et demi.

Avant cette période, le Tai Chi était un art martial dynamique, explosif, rapide, les styles étaient souvent très explosifs et on pratiquait ce que l’on appelle les formes « feu », les formes explosives. Le Tai Chi s’est adouci il y a peu de temps en fait.
C’est pourquoi j’ai tendance à dire que le Tai Chi moderne est celui qui est apparu à une certaine époque, quand il a commencé à s’adoucir, à se « Yiniser » pour être accessible au plus grand nombre; c’était une demande un peu politique de l’époque que de créer une forme de gymnastique pour le peuple chinois, pour que les gens soient bien, détendus, relaxés, etc., et qui soit surtout accessible à tous, en particulier aux personnes âgées, aux personnes malades, etc., donc que cela devienne plus un art thérapeutique qu’un art martial.

Mais avant, c’était un art pratiqué dans les villages par des clans familiaux qui vivaient en rase campagne, chaque clan avait plus ou moins son style et donc on parlait vraiment de boxe, le terme « Tai Chi » n’était même pas utilisé à cette époque-là, on parlait de boxe de la famille untel, de boxe du clan untel et on disait que c’était un art interne.

Mais en fait, là aussi, à cette époque-là il n’y avait pas de différence entre interne et externe et on imagine bien qu’une famille qui pratiquait ce que l’on appelle aujourd’hui le Tai Chi devait pratiquer une boxe qui soit aussi efficace que la boxe de Shaolin d’aujourd’hui, etc.; il fallait pouvoir rivaliser avec tous les styles connus à l’époque.

Donc à cette époque-là, on parlait de boxe de la famille Yang, de boxe de la famille Chen, etc., mais pas vraiment de Tai Chi Chuan tel qu’on le conçoit aujourd’hui.

Lionel FROIDURE
Quelles sont les grandes différences entre cette forme qui a été popularisée, vulgarisée pour le peuple et la forme beaucoup plus ancienne qui est beaucoup plus boxée ?

Thierry ALIBERT
La forme ancienne, celle que l’on attribue au fameux Yang Luchan en ce qui concerne mon école, c’est une forme qui présente une succession de mouvements lents et de mouvements explosifs; on dit qu’elle est tantôt calme comme un fleuve tranquille et tantôt furieuse comme un torrent ! Les moments de calme sont quand même plus longs que les moments d’explosion, il y a un mouvement explosif qui survient de temps en temps, voire une succession de mouvements explosifs, ce qui nous rappelle que cette forme provient -c’est à peu près certain- du clan des Chen, suite à l’histoire de Yang Luchan qui a rencontré la famille Chen à une époque de sa vie.

Quant à la forme moderne 108 de Yan Chen Fu, elle ne présente que des mouvements lents, avec un rythme régulier et quelques explosions « fajing » qui sont restées sur certains mouvements, très rares, comme à la fin de la forme dans le mouvement de « balayer le lotus », par exemple, où l’on a une petite explosion fajing, mais le rythme est quasiment tout le temps le même. C’est une forme qui a donc été créée par Yan Chen Fu en son temps pour la rendre accessible au plus grand nombre, mais cette forme émane bien, a priori, de la forme de Yang Luchan puisque la structure est la même.

Lionel FROIDURE
Le Tai Chi s’inspire du Tao et le Tao s’inspire de la nature. En partant de là, le Tai Chi est une reproduction de la vie, de la mort, de la nature et donc des animaux à travers le Tao ?

Thierry ALIBERT
Tout à fait. Pour moi, c’est une des plus belles représentations qui soit de ce qu’est la vie en général. Les arts martiaux en général sont censés nous amener cette compréhension, cette perception du Tao, à le faire vivre en nous à travers le microcosme, en relation avec ce que l’on appelle le macrocosme; à la base, tous les arts martiaux sont faits pour cela, mais je pense que le Tai Chi a ce « petit plus » et ce n’est pas moi qui le dis, les chinois eux-mêmes l’ont qualifié de « boxe du faîte suprême », en référence à la poutre faîtière de la maison, ils l’ont vraiment classé comme un art majeur parmi tous les arts connus en Chine. Pourquoi ? Parce que de par sa structure même, de par sa conception, la lenteur des mouvements -surtout pour les Tai Chi plus récents, plus modernes-, on peut vraiment accéder à des sensations profondes qui nous mettent en relation directe avec la grande nature. Chaque mouvement du Tai Chi Chuan est un mouvement de Kung Fu et qui dit Kung Fu dit observation des animaux au combat, à la chasse, etc.

Donc le Tai Chi ne déroge pas à la règle, le Tai Chi est un Kung Fu qui a été élaboré à partir de l’observation de la nature et même si aujourd’hui c’est moins évident quand on voit s’exécuter les mouvements, derrière chaque mouvement il y a l’esprit d’un animal, avec au moins 5 animaux, liés eux-mêmes aux 5 organes et liés eux-mêmes aux méridiens d’acupuncture, etc.

On a donc la chance de pratiquer un art martial traditionnel ancien, comme tous les arts martiaux l’étaient à l’origine, j’en suis convaincu, avec des référence à la nature, à la santé, aux organes, etc. et donc, à ce titre, le Tai Chi est vraiment intéressant parce que grâce à sa lenteur -on dit que l’on fait l’éloge de la lenteur à travers le Tai Chi- on peut prendre conscience de toute la profondeur de son être, se mettre vraiment en relation, prendre conscience de toutes ses faiblesses, ses défauts : quand on est en équilibre sur une jambe, on voit bien en effet si ça tient, si c’est solide, etc.

Quand on travaille uniquement dans la vitesse, dans l’explosivité, on peut se leurrer en passant par-dessus ces petits défauts techniques, ce qui fait que finalement, on devrait aborder tous les arts martiaux un peu à la manière du Tai Chi, quitte après à aller tout doucement vers la vitesse et l’explosivité, mais la lenteur est quand même une des grandes qualités du Tai Chi.

C’est pourquoi même les formes anciennes que j’évoquais tout à l’heure, que ce soient Chen ou Yang, font quand même référence à la lenteur et de temps en temps à l’explosivité, mais on n’est pas toujours dans l’explosivité.

thierry alibert expert en taichi yang ancien et moderne

Lionel FROIDURE
A qui recommanderais-tu le Tai Chi ?

Thierry ALIBERT
A tous les publics. Encore une des grandes forces du Tai Chi Chuan, c’est que l’on peut commencer à l’adolescence, voire même enfant, pourquoi pas ?

Aujourd’hui, c’est un peu triste à constater mais malheureusement, les enfants sont de plus en plus touchés par le stress, comme les adultes; dans les campagnes, cela se passe encore peut-être assez bien, mais dans les grandes villes on connaît tous le rythme que l’on impose aux enfants et je pense qu’aujourd’hui, il ne serait pas ridicule de conseiller à un enfant de 10, 12 ans, de commencer à s’intéresser à ces pratiques, que ce soit le Qi Gong ou le Tai Chi Chuan, bien sûr en essayant d’amener la partie ludique de l’art à travers le jeu des animaux, les formes peut-être un peu plus martiales, mais au moins de les sensibiliser. Et là, je suis assez optimiste, il y a des choses qui se passent en ce moment en Occident, en particulier en Allemagne où des recherches sont menées sur ces disciplines, mais aussi aux Etats-Unis où l’on est vraiment en train de démontrer officiellement les bienfaits du Tai Chi et du Qi Gong sur le corps, l’esprit et la santé.

Je pense donc qu’à un moment donné, ces disciplines vont être aussi importantes que toutes les disciplines sportives que l’on peut connaître aujourd’hui et d’ailleurs beaucoup d’enseignants pratiquent le Tai Chi -je le constate dans mes cours-, beaucoup se posent des questions et sont en train de se demander si, petit à petit, il ne serait pas bon de faire entrer doucement le Qi Gong, le Tai Chi, les automassages, la connexion avec la nature, le système des 5 éléments, des organes, etc., de manière ludique auprès des enfants.

Du coup, on peut commencer auprès des enfants et bien évidemment pratiquer jusqu’à la fin de sa vie puisque dans les maisons de retraite, on peut pratiquer le Tai Chi, y compris assis -les chinois le font-, les auto-massages, etc.

Je dirai donc que de la petite enfance jusqu’à la fin de sa vie, on peut pratiquer le Tai Chi et le Qi Gong.

thierry alibert expert en taichi

Lionel FROIDURE
Et à ces pratiquants ou futurs pratiquants, quels conseils pourrais-tu donner ?

Thierry ALIBERT
Déjà, le premier conseil que l’on peut donner pour toutes les disciplines sportives, physiques, etc., c’est de prendre contact avec le club, l’ambiance, l’enseignant, parce que bien sûr que la discipline est une chose, mais l’humain est tout aussi important et encore plus important, je pense, dans ce domaine.

Donc déjà, prendre un premier contact et faire le bilan dès la fin de la première ou de la deuxième séance d’essai pour voir si vraiment le discours, le message, l’énergie qui transpire de ces cours, du pédagogue que l’on a face à soi, correspondent à ce que l’on cherche. Est-ce la bonne connexion ? C’est quand même assez important car, encore une fois, il ne s’agit pas d’une simple discipline physique et sportive où l’on vient pour se défouler pendant une heure, une heure et demie, il s’agit d’un travail profond, qui à terme va nous toucher en profondeur, va bousculer des choses en nous et ces choses en nous, il ne faut pas qu’elles soient bousculées de n’importe quelle manière, de manière trop « violente », il faut que le travail se fasse en profondeur, dans la durée, dans le temps et c’est pour cela que le discours, l’esprit du cours est très important, beaucoup plus important que dans d’autres disciplines. Encore une fois, je ne le dis pas par comparaison, mais simplement pour dire qu’on ne travaille pas sur le même plan, on est un peu à la limite entre la sophrologie, la méditation, toutes ces disciplines qui vont toucher vraiment de manière intrinsèque et donc attention, il faut vraiment que « ça colle ».

Donc n’hésitez pas à essayer, à réessayer, à changer de direction si à un moment donné vous ne vous sentez pas bien, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut décrocher avec la discipline; il y a des moments où ce n’est pas le moment, il faut l’accepter et ne pas hésiter à revenir à la charge un peu plus tard, ailleurs, à un autre moment, mais cela vaut vraiment la peine et l’avantage c’est que l’on peut prendre ce temps-là parce que l’on a « le temps » avec le Tai Chi … On n’a pas le temps et on a le temps, c’est-à-dire que comme c’est une discipline que l’on peut pratiquer jusqu’à la fin de ses jours tranquillement, je pense justement que ça vaut la peine d’y aller tranquillement et de prendre son temps.

Lionel FROIDURE
Un petit mot pour terminer : qu’aimerais-tu dire aux lecteurs du blog Imagin’Arts Tv ?

Thierry ALIBERT
Je vais « prêcher pour ma paroisse » mais bien évidemment, j’ai envie de leur dire : faites un petit clin d’œil au Tai Chi !
Le Tai Chi vous fait peut-être un petit clin d’œil à travers cet article et même si ce n’est pas pour tout de suite, mettez cela de côté, dites-vous que Tai Chi et Qi Gong sont une possibilité, une opportunité.

Il faut se dire qu’on n’aura pas 20 ans toute sa vie, on ne peut pas être et avoir été, à un moment donné notre corps nous dira peut-être stop, que l’on soit sportif de haut niveau, artiste martial, sportif de combat, etc. et le Tai Chi peut vraiment être une réponse pour continuer sur le chemin des arts martiaux qui est un chemin extraordinaire, le Tai Chi symbolisant vraiment, à mon sens, cet univers formidable des arts martiaux.

Tous les arts martiaux sont riches et intéressants, je le répète, s’ils sont abordés de manière intelligente et profonde on peut aller jusqu’au bout tranquillement, il n’y a pas de souci; si à un moment donné il y a eu une petite erreur de parcours, comme cela a pu être mon cas, eh bien ne vous découragez pas, il y a d’autres possibilités, le Tai Chi en fait partie.

Donc voilà ce que j’ai envie de dire : gardez bien en tête ce terme de Tai Chi Chuan et peut-être qu’un jour il sera votre plus beau compagnon, votre plus fidèle compagnon, je vous le souhaite !

Lionel FROIDURE
Merci Thierry et à bientôt.

Thierry ALIBERT
Merci à toi, Lionel. A très bientôt et grande joie ! Merci.

6 Comments

  1. J’ai eu l’occasion de pratiquer l’exercice des mains collantes avec lui … Il m’a déséquilibré autant qu’il a voulu !

  2. Très sympa cette interview, j’espère un jour avoir l’honneur et la chance de participer à un stage avec ce grand Monsieur ^^

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lionel froidure karate

Je suis Lionel Froidure, budoka, karatéka, arnisador, réalisateur de nombreux DVD d’arts martiaux, présentateur des documentaires En Terre Martiale et j’adore partager mes découvertes pour vous aider à progresser. Au-delà de la transmission, mon but est d’inspirer les pratiquants à s’entraîner et de vivre leurs rêves comme moi.

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