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La pédagogie différenciée expliquée pour le karaté [arts martiaux]

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Suite de mon article « Débutants et avancés dans un même cours ». Jean-Marie COMITI m’a permis de partager un extrait sur la « pédagogie différenciée » de son livre « Manuel pour la formation pédagogique du professeur de Karaté et disciplines associées ». Je vous recommande fortement son livre qui vous ouvrira de très, très, très nombreuses pistes de travail et de réflexions concernant votre enseignement du karaté et des arts martiaux. J’ai publié mon avis sur ce livre que vous pouvez découvrir ici.

Jean-Marie Comiti pratique le karaté depuis 1975. En plus d’être responsable de l’école régionale de formation de la ligue Corse de Karaté, il est professeur des universités des sciences de l’éducation et assure les fonctions de directeur d’études au sein de l’IUFM.

karate pédagogie différenciée
Jean-Marie Comiti – Imagin’ Arts Masterclass Pédagogie

 

La pédagogie différenciée – Karaté – par Jean-Marie COMITI

L’organisation du parcours des élèves en plusieurs niveaux symbolisés par des ceintures de couleur différente donne à penser que dans les dojos on applique de fait une pédagogie différenciée. On pourrait croire qu’il suffit d’enseigner aux élèves les techniques qui relèvent du programme de la ceinture visée pour considérer que l’on tient compte des différences.

Mais, si pour chaque niveau on enseigne les techniques de karaté de la même manière, alors il n’y a pas de différenciation pédagogique. D’autant que dans un cours de karaté les différents niveaux sont mélangés et que les professeurs ont tendance à livrer le même menu à tous le monde. (méthode magistrale). On voit parfois des enseignants qui demandent un plus à des élèves gradés ou qui soulagent les débutants en leur faisant effectuer des techniques plus simples. Il ne s’agit toujours pas de différenciation. En effet, le motif de la différenciation ne se trouve pas dans le niveau de difficulté de la technique à exécuter mais dans la manière de l’acquérir.

Si on considère qu’un cours de karatére présente une situation de communication dans laquelle on trouve un émetteur et un récepteur (le professeur à l’emission, les élèves à la réception) on peut imaginer que la différenciation touche aussi bien la manière dont le professeur émet les informations que la manière dont les élèves traitent l’informations qu’ils reçoivent.

Il se trouvent que les individus utilisent leurs systèmes de perception différemment. S’il est vrai que nous disposons de cinq sens pour communiquer avec notre environnement, dans les situations d’apprentissage il y en a deux qui sont fortement sollicités : la vue et l’ouïe. Toutefois, chacun d’entre nous utilise préférentiellement l’un ou l’autre.

Il y a ceux que l’on appelle les « visuels » et qui se servent surtout des yeux pour capter l’information afin de l’acheminer vers le cerveau. Il y a les « auditifs » qui recueillent l’information grâce aux oreilles. Comme nous nous servons naturellement et spontanément d’un système au détriment de l’autre, nous appartenons tous à l’une des deux catégories dominantes identifiées ci-dessus.

Le professeur de karaté doit donc tenir compte du fait que parmi ses élèves, il y a ceux qui, pour donner du sens à leur action, ont besoin de voir, et ceux qui ont besoin d’entendre.

Afin que tout le groupe puisse bénéficier du même niveau d’information, il faudra utiliser ces deux canaux majoritaires. Il appartient au professeur de « montrer » pour les visuels, d’ « explique verbalement » pour les auditifs.

Mais comme le professeur utilise, lui-même, naturellement un canal dominant on peut considérer qu’il s’adresse davantage au groupe d’élèves qui utilisent le même système de perception. Dans la mesure où l’on sait que la communication passe mieux entre deux personnes qui utilisent le même système alors on peut penser qu’un groupe est privilégié par rapport à l’autre.

Si le professeur est un « visuel » il aura tendance à montrer plus qu’a expliquer. S’il est « auditif » il proposera beaucoup d’explications orales et pourra même passer pour un bavard. Dans un cas comme l’autre, on remarque que les deux canaux perceptifs en question favorisent la méthode magistrale dans laquelle c’est le professeur qui agit par le geste ou par la parole.

Nous retiendrons qu’une première phase de différenciation pédagogique doit tenir compte de la manière dont les élèves prennent l’information. Cela doit amener le professeur à utiliser les deux systèmes perceptifs principaux qui à faire un effort sur lui-même pour ne pas laisser dominer par son propre système de prédilection. C’est une des conditions pour s’adresser véritablement à l’ensemble des élèves

karate pédagogie différenciée

Restitution de l’information par les élèves

Un autre domaine qui appelle la différenciation est celui de la restitution de l’information par les élèves. Dans un cours de karaté on pourrait penser que la seule manière de restituer correctement l’information, c’est de produire une ou un ensemble de techniques de manière impeccable, ou bien d’exécuter un kata à la perfection. Mais nous nous situons là du seul point de vue de la performance physique. Ce serait donner raison à tous ceux qui affirment que le sportif en général et le karatéka en particulier n’a que du muscle et point de cervelle. L’apprentissage associe un comportement, c’est à dire une technique pour le karatéka, à un sens et donc à une activité intellectuelle.

Si nous nous intéressons à la restitution de l’information, alors nous devons connaître les divers processus intellectuels que les élèves peuvent mettre en oeuvre pour apprendre.

Il y a ceux qui ont l’esprit analytique et ceux qui on l’esprit synthétique. Les premiers vont s’appliquer à bien reproduire toutes les phases d’une technique alors que les seconds auront tendance à aller à l’essentiel. Par exemple, dans une technique qui demande une phase de préparation suivie d’une phase d’exécution comme le gedan barai, l’élève à l’esprit  analytique respectera scrupuleusement les deux phases alors que l’esprit synthétique escamotera la première phase pour aller très vite sur la phase finale. Dans ce cas l’esprit analytique aura mieux réussi le mouvement si l’valuation tient compte du respect des deux phases. En revanche, l’esprit synthétique peut être avantagé dans une situation où il faut vraiment aller à l’essentiel sans perdre de temps. Il sera plus à l’aise par exemple dans le sen no sen.

Il y a ceux qui restituent mieux l’information par le geste (les kinesthésiques) et ceux qui le font mieux par l’expression (orale ou écrite). Il se trouve que dans les dojos on donne la préférence au mouvement et donc à l’application technique. Toutefois, on a déjà eu l’occasion de signaler que ce n’est pas parce qu’un élève sait exécuter une technique qu’il a compris à quoi ça sert. La plus souvent, il ne fait que reproduire ce que le professeur a montré. Si un jour, il se trouve dans une situation inédite il est possible qu’il soit totalement désorienté. Il appartient donc au professeur de ménager des situations dans lesquelles certains élèves puissent donner des explications orales à certaines techniques sans qu’ils aient à les exécuter. L’objectif final étant que chaque élève soit capable in fine d’exécuter les techniques tout en sachant les expliquer au professeur ou au public. Remarquons aussi que parmi les élèves qui préfèrent l’expression au geste, il existe la distinction entre ceux qui sont à l’aise à l’oral et ceux qui le sont à l’écrit.

Alors, pourquoi ne pas imaginer la possibilité d’organiser une épreuve écrite dans les passage de grades sur le modèle des épreuves écrites des différents diplômes ?

éducatif pédagogie karaté

Déductif / Inductif

Jean-Marie Comiti KARATE
Jean-Marie Comiti

Nous pouvons également retenir comme critère de différenciation le fait que les élèves peuvent être soit déductifs soit inductifs. Le processus intellectuel privilégié par les premiers consiste à appliquer une règle qui leur est fournie par le professeur dans les exercices d’application alors que les seconds ont besoin d’observer et d’analyser afin de découvrira eux-mêmes la règle en question. Les pratiques dominantes dans les dojos favorisent les déductifs dans la mesure où l’enseignant ont l’habitude de montrer et d’expliquer une technique avant de mettre les élèves en situation de l’appliquer avec un partenaire. Les inductifs ont plutôt besoin qu’on les place dans des situations-problèmes de manière qu’ils puissent utiliser leur processus intellectuel naturel. Ce sont les situations de prédilection des méthodes actives et constructivistes.

Il est donc recommandé au professeur de karaté de varier dans le choix des méthodes pédagogique car cette variation est de nature à produire cette fameuses différenciation pédagogique nécessaire à une apprentissage équitablement partagé par tous les élèves.

La mise en oeuvre de la pédagogie différenciée s’effectue sur la base d’approches différentes qui s’adressent à l’ensemble des élèves ou bien par la constitution de groupes travaillant en autonomie ou sous le contrôle d’un assistant. Il ne s’agit pas de « groupe de niveau » sur le modèle d’un groupe par couleur de ceinture, mais de « groupes de besoin ».

On peut grouper par exemple les « visuels » avec l’objectif de développer chez eux le système auditif. On adoptera des exercices du top » « faites ce que je dis et non ce que je montre » : l’enseignant ou l’assistant décrit oralement, sans ke moindre geste, une technique en passant par les différentes phases de son exécution. Cela oblige les élèves à utiliser un processus différent de celui qu’ils utilisent habituellement lorsqu’ils visualisent une technique.

A l’inverse, on peut groupe les « auditifs » en les faisant travailler sur des compétences visuelles. On utilise pour cela du matériel pédagogique de formes et couleurs différentes pour les obliger à utiliser des repères visuels.

On peut aussi groupe les élèves en utilisant d’autres critères : les déductifs, les inducteurs, les analytiques, les synthétiques, mais aussi ceux qui ont besoin de travailler l’équilibre, ou les postures, ou la souplesse, ou l’expansivité, etc. Les possibilités sont nombreuses mais elles doivent motivée par de véritables besoin dont la satisfaction doit permettre aux élèves de progresser. Il ne s’agit donc pas de constituer des groupe sur la base de critères farfelus comme la couleur des yeux, la longue des cheveux, le sexe, la religion ou d’autres inepties.

Je ne peux que vous conseiller fortement de découvrir le livre de Jean-Marie Comiti. Le karaté et les méthodes pédagogiques.
Et à 18 euros, c’est un cadeau que nous fait Jean-Marie !

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2 Comments

  1. Merci beaucoup pour votre réflexion partagée. Ce que vous dites me parle beaucoup en tant que jeune professeur fraichement diplômé. Non seulement je vais acheter ce livre mais aussi je suivrai avec beaucoup d’intérêt vos prochaines réflexions.
    Merci pour votre belle initiative, je vous encourage à continuer

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Je suis Lionel Froidure, budoka, karatéka, arnisador, réalisateur de nombreux DVD d’arts martiaux, présentateur des documentaires En Terre Martiale et j’adore partager mes découvertes pour vous aider à progresser. Au-delà de la transmission, mon but est d’inspirer les pratiquants à s’entraîner et de vivre leurs rêves comme moi.
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