Et si la sensation de stagner ne venait pas d’un manque de pratique, mais d’un manque de repères ? Et si, au contraire, préparer un grade te faisait parfois avancer vite… sans forcément te transformer en profondeur ?
C’est exactement le sujet qu’on a exploré pendant une heure lors d’un rendez-vous en visio avec les membres du Club Vidéo de Karaté : des points de vue variés, parfois opposés, mais toujours utiles pour faire réfléchir à ce qui fait réellement progresser dans les arts martiaux. Cet article rassemble une partie des idées qui ont émergé — en se concentrant sur un point central : le grade sert souvent de repère, pas forcément de moteur.
Le replay complet est disponible en format podcast sur la plateforme.
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Le grade : un repère clair dans une pratique… qui n’a pas de fin
Dans la plupart des disciplines martiales, le grade a une fonction simple : rendre visible une étape. Il donne une forme de carte : “tu es à ce niveau”, “voici ce qui est attendu”, “voici la prochaine marche”.
Et c’est loin d’être inutile. Les arts martiaux sont vastes : technique, corps, mental, timing, distance, stratégie, relation au partenaire, compréhension, culture, efficacité… Sans repère, on peut vite avoir l’impression d’être perdu dans une pratique trop grande.
Le grade agit alors comme un point de référence :
- il structure une progression “lisible” ;
- il donne un sentiment de continuité ;
- il aide à mettre des mots sur l’avancement ;
- il rassure, surtout quand on doute.
En clair : le grade peut être un excellent repère… mais un repère n’est pas forcément un moteur.
Qu’est-ce que le grade t’apporte concrètement quand tu le prépares ?
Lorsqu’on pose la question honnêtement, la réponse ne concerne pas seulement “la ceinture” ou “la validation”. En préparation de grade, tu gagnes souvent quelque chose de très précieux : une structure externe.
Un cadre
Tu sais quoi travailler. Même si tu n’aimes pas certaines parties, même si ce n’est pas “ton style”, le programme t’oblige à couvrir un ensemble. Ça évite le piège classique : répéter uniquement ce que tu aimes.
Un rythme
Une date, ça change tout. La préparation de grade crée une contrainte temporelle : tu t’organises, tu reviens plus souvent, tu t’imposes une régularité. Et la régularité, dans la plupart des pratiques, est un facteur massif de progression.
Du feedback
Quand un passage approche, tu demandes plus de retours, tu demandes à te faire corriger plus souvent, tu observes plus précisément. Tu te testes. Tu t’exposes plus facilement à un regard extérieur.
Au final, le grade devient une sorte de “coach invisible” : pas parce qu’il te rend meilleur automatiquement, mais parce qu’il te pousse à structurer ton entraînement.
C’est pour ça qu’il est si efficace… quand il est utilisé comme outil.

Le glissement : quand le repère devient le moteur principal
Le problème arrive souvent sans bruit. Au départ, tu prépares un grade pour organiser ton travail. Puis, petit à petit, le grade devient la raison principale de t’entraîner.
Et là, le centre de gravité change :
- Tu ne pratiques plus d’abord pour comprendre ou maîtriser ;
- Tu pratiques d’abord pour “réussir un passage”.
Sur le moment, ça peut fonctionner. Tu progresses, tu t’améliore, tu “montes”. Mais il y a un risque : que ta motivation dépende d’une échéance externe. Et quand cette échéance disparaît (ou quand tu décides d’arrêter de passer des grades), un vide peut apparaître :
- “Sans objectif, je tourne en rond.”
- “Je m’entraîne, mais je ne sais plus si j’avance.”
- “Je n’ai plus de cadre.”
C’est exactement là qu’on voit la différence entre repère et moteur. Le grade peut te donner un chemin… mais il ne remplace pas forcément la question fondamentale : qu’est-ce qui me fait progresser, moi, aujourd’hui ?

Et qu’est-ce que le grade t’enlève parfois ?
Pendant la visio, un point est revenu souvent : préparer un grade peut aussi coûter quelque chose. Pas toujours. Pas pour tout le monde. Mais suffisamment souvent pour que ça mérite d’être nommé clairement.
La pression
Il y a une différence entre “se challenger” et “se crisper”. La préparation peut te mettre dans un état de tension : peur d’échouer, peur d’être jugé, peur de décevoir. Un peu de stress peut aider… trop de stress peut te fermer.
Le formatage
Quand le programme est très cadré, on finit parfois par s’entraîner “pour coller au modèle” plutôt que pour développer une compétence profonde. Ça peut créer un entraînement optimisé pour l’évaluation, pas pour la maîtrise.
L’entraînement “à cocher”
Le piège le plus fréquent, c’est le mode checklist :
- “Je connais la forme.”
- “Je sais faire la séquence.”
- “Je peux réciter le contenu.”
Mais connaître une forme n’est pas la même chose que l’habiter. Et réciter n’est pas la même chose que comprendre. Dans ce cas-là, tu peux être “prêt pour le passage”… sans que ta pratique soit réellement transformée.
C’est là que la distinction devient évidente : le grade mesure souvent une conformité à des critères, tandis que la progression réelle correspond à une transformation interne.
Grade = structure externe. Progression = transformation interne.
Voici l’idée centrale :
- Le grade est un système externe : niveaux, exigences, validation, protocole, standards.
- La progression est interne : perception plus fine, corps plus disponible, meilleur timing, meilleure distance, décisions plus justes, efficacité plus stable, attitude plus solide.
Les deux peuvent être alignés… ou pas.
Quand c’est aligné, c’est excellent
La préparation de grade devient un prétexte pour travailler intelligemment. Le cadre te pousse à couvrir des zones faibles. Les retours te font corriger plus vite. Tu te transformes vraiment.
Quand ce n’est pas aligné, ça crée de la confusion
Tu peux obtenir un grade sans progresser autant que tu le crois. Ou progresser énormément sans que cela se reflète immédiatement dans un programme de passage.
Et c’est important à entendre : l’absence de passage de grade n’est pas l’absence de progression. Ce qui manque souvent, ce n’est pas la possibilité de progresser… c’est la structure externe qui donnait des repères.

Se poser les bonnes questions sur les passages de grade
Au fond, la question n’est pas “grade ou pas grade”. La question, c’est : pourquoi tu choisis d’en faire… ou de ne plus en faire.
Prends deux minutes pour te demander, sans te juger :
- Si je prépare un grade : qu’est-ce que je cherche vraiment ?
- Si je ne prépare plus de grade : qu’est-ce que je veux protéger dans ma pratique ?
- Qu’est-ce qui prouve ma progression, aujourd’hui, au-delà d’un niveau officiel ?
Est-ce que je suis plus précis ? Plus relâché ? Plus lucide ? Plus efficace ? Plus stable mentalement ? Plus cohérent ?
Le grade peut être un très bon outil. Mais il reste un outil. Et ta progression, elle, ne dépend pas d’un système : elle dépend surtout de ta capacité à te transformer réellement.
Pour aller plus loin et ne pas rester seul avec ces questions
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