On l’a tous vécu un jour ou l’autre sur le tatami.
Regarder le pratiquant d’à côté.
Comparer sa vitesse, sa technique, son niveau, son aisance.
Se demander pourquoi lui progresse plus vite, pourquoi elle réussit là où toi tu bloques encore.
Que l’on soit ceinture blanche, ceinture noire, compétiteur ou enseignant, la comparaison est un piège universel.
Un piège discret, insidieux, mais redoutablement efficace pour freiner, voire tuer la progression.
Dans cet article/podcast, je te propose de prendre du recul sur ce mécanisme profondément humain, d’en comprendre les effets réels, et surtout de voir comment en sortir pour retrouver une pratique plus saine, plus durable et plus juste.
Le piège de la comparaison extérieure
La comparaison fait partie de notre fonctionnement naturel.
Depuis toujours, l’être humain observe son environnement, se situe, se jauge. À l’origine, c’est un réflexe de survie. Repérer les plus forts, les plus habiles, apprendre d’eux.
Mais sur le tatami, ce réflexe peut rapidement devenir un poison.
L’exemple des passages de grade
Imagine un pratiquant qui s’entraîne depuis deux ans.
Il travaille sérieusement, il progresse, il doute parfois, mais il continue.
Le jour de l’examen arrive. Un partenaire, plus jeune ou arrivé plus tard au club, obtient la ceinture avant lui.
À cet instant, deux chemins sont possibles.
Soit il se dit :
« Bravo à lui. Ça veut dire que moi aussi, je peux y arriver. »
Soit il bascule dans la comparaison toxique :
« Pourquoi pas moi ? Je suis nul. Je suis en retard. Peut-être que le karaté n’est pas fait pour moi. »
Objectivement, rien n’a changé.
Sa pratique n’a pas perdu de valeur en quelques secondes.
Mais son regard, lui, s’est déformé.
La compétition, miroir cruel… ou outil de progression
La comparaison est encore plus violente en compétition.
Tu t’entraînes dur. Tu te prépares. Tu donnes tout.
Et le jour J, tu tombes contre un adversaire plus rapide, plus jeune, ou simplement plus juste ce jour-là.
Tu perds.
Et au lieu d’analyser le combat comme une expérience, tu te racontes une histoire destructrice :
« Je ne suis pas à la hauteur. Je n’y arriverai jamais. Lui est meilleur que moi. »
La défaite devient une étiquette, alors qu’elle devrait rester un outil d’apprentissage.
La comparaison chez les enseignants
Les enseignants ne sont pas épargnés.
Pourquoi ce club a plus d’élèves que le mien ?
Pourquoi leur page Facebook est plus visible ?
Pourquoi eux passent dans le journal local et pas moi ?
À force de se comparer, l’enseignant oublie l’essentiel :
la qualité de la transmission, la cohérence du projet, la fidélité à ses valeurs.
La comparaison détourne l’énergie de ce qui compte vraiment.
Comparaison ascendante et descendante
Psychologiquement, on distingue deux formes de comparaison sociale.
La comparaison ascendante :
Tu regardes ceux que tu estimes au-dessus de toi. Résultat : frustration, sentiment d’infériorité, découragement.
La comparaison descendante :
Tu regardes ceux que tu estimes en dessous. Résultat : réassurance temporaire, mais vide de progression réelle.
Dans les deux cas, le problème est le même :
ton regard est tourné vers l’extérieur.
Et à long terme, cette posture finit par éteindre la motivation.
La seule comparaison valable : avec toi-même
Alors comment sortir de ce piège ?
La première étape est simple, mais exigeante :
changer de référentiel.
Voici une phrase que je répète souvent et qui peut transformer une pratique entière :
Ne compare pas ton chapitre 2 au chapitre 20 de quelqu’un d’autre.
Tu ne sais pas d’où il vient.
Tu ne connais ni son parcours, ni ses heures d’entraînement, ni ses facilités, ni ses blessures, ni ses blocages.
Comparer ton chemin au sien n’a donc aucun sens.
Le seul repère fiable : toi, hier
La seule comparaison utile est celle avec toi-même.
Hier.
La semaine dernière.
L’année dernière.
En karaté, cela prend des formes très concrètes.
En kihon, regarde ton mae-geri d’il y a six mois.
Puis observe celui d’aujourd’hui.
Ta hanche est-elle plus engagée ? Ton équilibre plus stable ? Ton intention plus claire ?
En kata, au lieu de chercher à imiter un modèle parfait, demande-toi :
as-tu gagné en fluidité, en stabilité, en présence ?
En kumite, mesure tes progrès non pas au nombre de victoires, mais à ta capacité à lire l’autre, à anticiper, à rester calme sous pression.
Une logique profondément martiale
Cette manière de penser est profondément enracinée dans la voie martiale.
En japonais, on parle de shoshin, l’esprit du débutant.
Arriver chaque jour sur le tatami avec humilité, disponibilité et curiosité.
Non pas pour se comparer aux autres, mais pour devenir un peu meilleur que la veille.
Si aujourd’hui tu progresses, même d’un pas minuscule, alors tu es sur la bonne voie.
Ce changement de regard est une véritable révolution.
Il ne protège pas seulement de la frustration.
Il crée une motivation durable.
Chaque jour, tu as un adversaire clair : toi-même d’hier.
Chaque jour, tu as une victoire possible : progresser un peu.
Avancer à ton rythme, pas à celui des autres
C’est exactement dans cette logique que j’ai conçu Imagin’ Arts Digital.
Pas pour comparer les pratiquants entre eux.
Pas pour créer une hiérarchie artificielle.
Mais pour offrir un espace où chacun peut avancer à son rythme, avec des repères clairs, des étapes structurées et des contenus pensés pour accompagner un chemin, pas une course.
Formations par niveau, modules pédagogiques, réflexion sur la transmission :
tout est conçu pour t’aider à voir ton évolution, pas celle du voisin.
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Transformer la comparaison en inspiration
Attention, sortir de la comparaison toxique ne signifie pas ignorer les autres.
Les autres peuvent devenir un formidable moteur, à condition de changer de posture.
Une anecdote personnelle
Lorsque j’ai commencé à voyager pour mes documentaires En Terre Martiale, j’ai rencontré des maîtres impressionnants.
À Okinawa, aux Philippines, au Vietnam, en Corée.
Certains avaient une technique qui semblait hors norme.
D’autres dégageaient une présence qui faisait vaciller mes certitudes.
Sur le moment, la comparaison pique toujours un peu.
Mais très vite, j’ai compris une chose :
au lieu de me dire « je n’y arriverai jamais », je pouvais me dire
« voilà ce que l’être humain est capable de devenir ».
De la jalousie à l’inspiration
Tout se joue dans le regard.
Observer sans se juger.
Poser des questions au lieu de ruminer.
Transformer l’envie en action concrète.
Au lieu de dire :
« Il est meilleur que moi »,
dire :
« Il me montre une direction possible ».
À ce moment-là, la comparaison cesse d’écraser.
Elle commence à élever.
Conclusion : protéger ton chemin
Ce que nous avons vu ensemble est simple, mais essentiel.
La comparaison extérieure est un poison.
Elle détourne ton énergie, nourrit la frustration et érode la motivation.
La seule comparaison valable est celle avec toi-même.
Ton toi d’hier, ton toi d’avant.
Et la comparaison peut devenir une force, si tu la transformes en inspiration plutôt qu’en jugement.
Les autres ne sont pas là pour te diminuer.
Ils sont là pour t’éclairer, t’ouvrir des horizons, te montrer ce qui est possible… sans jamais te faire perdre ton identité.
Ton plus grand adversaire n’est pas ton voisin de tatami, c’est toi-même d’hier.
Et ton plus grand allié, c’est toi de demain.
Aller plus loin
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