Pratiquer les armes quand on fait du karaté : qu’est-ce que cela peut apporter ?

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Faut-il pratiquer un art martial avec armes lorsqu’on fait déjà du karaté ? Qu’est-ce qu’un bâton, une machette ou un tantō peut apporter à quelqu’un qui s’entraîne à mains nues ? Et comment explorer une autre discipline sans perdre le fil de sa pratique ?

Pour répondre à ces questions, je préfère partir de mon expérience. Le karaté reste ma base. Mais depuis l’âge de quatorze ans, dans le dojo multidisciplinaire de mes parents, j’ai toujours aimé aller pratiquer en dehors de mon cadre habituel. Rencontrer d’autres façons de travailler, être confronté à d’autres réponses, remettre en question ce que je pensais avoir compris : cette démarche fait partie de mon parcours.

La découverte de l’arnis a pris une place particulière dans cette recherche. Elle a transformé ma lecture de la distance, mon rapport au mouvement et ma manière d’envisager le combat. Avec les années, les échanges entre mes pratiques se sont aussi faits dans les deux sens.

Pourquoi ai-je commencé à pratiquer les armes ?

Mes premières expériences étaient surtout celles d’un pratiquant à mains nues face à un partenaire armé, dans une approche orientée vers la self-défense. Je rencontrais notamment ce travail lors de stages de tai-jitsu.

Au début, j’étais mal à l’aise. Quand j’avais des bâtons en main, je voulais surtout m’en débarrasser. Je découvrais une relation avec l’arme qui m’était peu familière, et les explications ne suffisaient pas toujours à me permettre de trouver mes repères.

J’ai également pratiqué du Matayoshi Kobudō (bo, tonfa, sai et nunchaku). Dans ce travail, les katas et les exercices solitaires occupaient une place importante. Or j’en avais déjà beaucoup dans mon karaté. À ce moment de mon parcours, j’avais surtout envie de travailler à deux, d’explorer la relation avec le partenaire et la mise en application.

Le tournant est venu aux Philippines, lorsque j’ai rejoint Dany pour tourner le documentaire Les Guerriers Philippins et les premières vidéos pédagogiques. J’y ai découvert une pratique de l’arnis qui répondait à cette recherche.

À mon retour, je me suis orienté sur cette voie, que ne j’ai pas quitté depuis. C’était un choix personnel, lié à ce que je cherchais dans ma pratique.

Qu’est-ce que les armes ont changé dans ma perception de la distance ?

Avant cette découverte, mes principaux repères venaient du combat à mains nues : une distance plutôt longue dans mon expérience du karaté, et le corps-à-corps dans celle du nihon tai-jitsu.

La pratique des armes m’a amené à revoir ces repères. La distance qui me semblait convenir dans une situation ne répondait plus nécessairement à la suivante. Il fallait apprendre à lire autrement ce qui pouvait m’atteindre, à quel moment et depuis quel endroit.

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C’est ce que cette pratique m’a apporté dans ma compréhension du ma-ai : une lecture que je considère aujourd’hui comme plus juste de la distance et de la relation avec le partenaire.

Mon regard a également été sollicité autrement. Face aux attaques avec armes, leur vitesse et le danger qu’elles représentent m’ont demandé une attention différente de celle que je mobilisais à mains nues.

Cet apprentissage a enrichi mon karaté. J’y suis revenu avec d’autres repères pour observer la distance, les attaques et les possibilités d’intervention.

Le travail des armes peut-il aider à devenir plus mobile en karaté ?

C’est l’un des apports qui me paraît les plus complémentaires dans mon parcours.

Dans mon apprentissage du karaté, j’ai beaucoup travaillé pour rester droit, stable, ancré. Les katas m’ont demandé de fixer des positions et de construire une structure. Puis vient le moment où l’on nous demande de bouger, d’être naturel, de laisser le mouvement s’exprimer.

Après des années consacrées à installer certaines habitudes, ce passage peut être compliqué.

L’arnis m’a apporté une autre expérience, fondée sur le mouvement et le flow, cette continuité que je recherchais. J’y ai travaillé le fait de ne pas m’arrêter, autant physiquement que mentalement.

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Car l’arrêt peut aussi se produire dans la tête. On termine une réponse et l’on considère que l’échange est fini. Mais si le partenaire bouge encore, poursuit son attaque ou enchaîne, il faut continuer à lire et à agir.

Sans parler de la gestion du Hysohi (rythme) et la gestion précise des inter-temps, des intermédiaires. C’est ici que tout se passe et le travail des armes le mets en évidence.

L’arnis est venu compléter la construction acquise en karaté. Elle m’a aidé à explorer comment rester disponible dans le mouvement, intervenir dans le bon temps avec un partenaire.

Pourquoi pratiquer les armes si l’on s’intéresse surtout au combat à mains nues ?

Pour moi, cela permet d’élargir sa vision du combat.

Le cadre sportif constitue une partie de mon expérience du karaté (équipe de France kumite cadet et junior). Le travail des armes m’a confronté à d’autres contraintes et à une autre façon de penser l’échange.

Avec une machette en arnis, un tantō ou un katana, la pratique me rappelle le danger de mort associé à ces armes. Cette dimension change le sens que je donne à ce que je travaille, même lorsque l’entraînement se déroule avec des armes adaptées à l’exercice.

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Elle nourrit aussi mon intérêt pour les grands maîtres d’armes et les figures comme Musashi. Leur pratique prend, pour moi, une résonance différente lorsque je travaille moi-même avec une arme.

Je parle ici de ce que cette expérience m’évoque. Notre entraînement actuel ne permet pas de prétendre vivre ce qu’ils ont vécu. Mais il alimente ma réflexion sur la dimension martiale de la pratique et sur ce que j’y recherche aujourd’hui.

Faut-il obligatoirement ajouter un art martial avec armes à son karaté ?

Je présente cette démarche comme une possibilité à explorer à partir de ce que l’on recherche.

Dans mon cas, j’avais envie de sortir de mon cadre habituel. La remise en question faisait déjà partie de ma façon de pratiquer depuis l’adolescence. L’arnis a rencontré cette envie et lui a donné une direction durable.

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Si tu te poses la question, tu peux commencer par identifier ce qui t’attire : découvrir les armes, travailler davantage avec un partenaire, rencontrer une autre pédagogie ou explorer une autre culture martiale.

Ce sont ces attentes qui donnent du sens à la démarche. Mon parcours peut t’offrir des pistes de réflexion, mais ton choix reste personnel.

Quel art martial avec armes choisir pour compléter sa pratique ?

Certains pratiquants souhaitent conserver des repères culturels et un vocabulaire familiers. Un karatéka peut ainsi se sentir attiré par le kobudō.

D’autres cherchent à s’éloigner davantage du cadre qu’ils connaissent. C’était mon cas : j’avais envie de découvrir d’autres façons de travailler, de penser le combat et d’enseigner.

La place du partenaire a été déterminante dans mon choix. Je recherchais un travail à deux, combatif et applicatif. C’est ce que j’ai rencontré dans l’arnis que j’ai choisi de pratiquer.

Ce critère correspondait à mon besoin du moment. Un autre pratiquant pourra être attiré par le travail solitaire, les formes, le maniement d’une arme particulière ou l’environnement culturel d’une école.

Pour choisir, je t’invite donc à mettre en relation ce que tu recherches avec le travail effectivement proposé dans le cours que tu découvres.

Pratiquer plusieurs disciplines risque-t-il de disperser son apprentissage ?

Dans mon parcours, les liens ont demandé du temps. Beaucoup de temps.

J’ai d’abord découvert une pratique différente, avec sa façon de travailler et ses propres repères. Puis, des années après, j’ai commencé à établir un lien, puis un deuxième. Progressivement, ces expériences ont nourri une pratique personnelle plus large.

Quand je parle d’unifier ma pratique, je ne parle pas de créer un nouvel art martial. Je parle du cheminement d’un pratiquant qui construit sa compréhension à travers plusieurs expériences.

Je n’ai jamais délaissé le karaté. Pendant longtemps, j’ai surtout constaté combien l’arnis l’enrichissait. Aujourd’hui, je vois également combien mon karaté nourrit mon arnis.

Cette relation s’est construite au fil de l’entraînement. C’est aussi ce temps long qui donne leur sens aux rapprochements que je fais aujourd’hui.

Qu’est-ce que je retiens de cette pratique des armes ?

Les armes ont élargi mon regard sur la distance, la lecture des attaques et la continuité du mouvement. Elles m’ont aussi permis de rencontrer une autre pédagogie et une autre façon d’envisager le combat.

Le karaté demeure ma base. L’arnis a pris sa place dans mon parcours et, avec les années, les deux pratiques se nourrissent mutuellement.

Si tu envisages de découvrir un art martial avec armes, prends le temps de préciser ce que tu souhaites y chercher. Pour ma part, c’est cette curiosité, présente depuis l’adolescence, qui m’a conduit à explorer une voie dont je continue aujourd’hui à découvrir les apports.

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Lionel Froidure

Fondateur de Imagin' Arts - CN 7ème Dan Karaté - CN 7ème Arnis Doblete Rapilon - Professeur diplômé d’état DEJEPS - Instructeur Arnis Kali 3ème degré WADR - Enseignant au Blagnac Arts Martiaux - Ma citation : "Pour être un pratiquant il faut pratiquer. Alors pratiquons. » - J’adore partager mes connaissances pour vous permettre de progresser que ce soit au dojo, en stage et bien sur dans le Club Vidéo.

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Je suis Lionel Froidure – 7e dan Karaté /  7e degré Arnis / réalisateur / formateur.

Ici, tu ne trouveras pas juste des vidéos et des articles : tu trouveras des pistes de travail pour progresser, pour structurer et orienter ta pratique au dojo.