👉 Pour aller plus loin dans la réflexion,
j’ai mis à disposition un document issu de mon mémoire de 6e dan
autour de trois notions fondamentales : distance, rythme et lecture.

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Anne-Laure Massinon : Le karaté, une voie vers la confiance

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Mise à jour mai 2026 – Suite au succès du volume 1, Anne-Laure vient de publier le deuxième tome. J’ai eu le plaisir d’en écrire la préface.

Dans cet épisode, je reçois Anne-Laure Massinon : karatéka, enseignante et autrice du roman L’appel du karaté. À travers son parcours touchant – une reprise du karaté à 43 ans, une passion transmise à sa fille, une carrière d’enseignante engagée – Anne-Laure nous montre à quel point les arts martiaux peuvent transformer, éveiller, révéler.

On parle ici de confiance en soi, d’éducation, de bienveillance… mais aussi d’écriture, de fiction et de réalité. Son livre, destiné aux jeunes comme aux parents et pratiquants, met en lumière les valeurs profondes du dojo et les liens humains qu’on y tisse. Un échange sincère, inspirant, et profondément humain.

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La Parole aux pratiquants – donner la voix à celles et ceux qui font vivre les arts martiaux au quotidien.

Lionel : Ici, je donne la voix à celles et ceux qui font vivre les arts martiaux au quotidien. Sans ces fourmis ouvrières, pas de club, pas de fédération. Leur parcours, leur passion, leur vision, c’est ce que je te propose de découvrir ici avec Imagin’ Arts.

Lionel : Aujourd’hui, mon invitée est une femme de cœur, de passion et de transmission : karatéka, maman, enseignante et autrice. Dans son roman L’Appel du karaté, elle raconte le chemin d’un jeune garçon qui va peu à peu se transformer grâce à la pratique.

Lionel : Mais derrière la fiction, il y a un vécu : celui d’une pratiquante qui a retrouvé le tatami à 43 ans, celui d’une enseignante attentive au bien-être de ses élèves, et celui d’une mère qui voit sa fille s’épanouir à travers les arts martiaux.

Lionel : Anne-Laure Massinon, c’est une voix authentique, une passionnée qui croit en la force des valeurs martiales et en la magie des petits gestes. Aujourd’hui, on parle d’écriture, de confiance, de pédagogie et, bien sûr, de karaté.

Lionel : Si toi aussi tu veux nourrir ta pratique au quotidien, retrouver du sens, des idées et des outils pour progresser et transmettre, je t’invite à découvrir le Club Vidéo de Karaté sur Imagin’ Arts Digital.

Lionel : Bienvenue dans La Parole aux pratiquants.

Entretien

Lionel : Merci Anne-Laure de me rejoindre aujourd’hui pour La Parole aux pratiquants. Ça me fait vraiment plaisir de t’avoir avec nous.

Anne-Laure : Merci de m’accueillir.

Lionel : Avec grand plaisir. Comme d’habitude, j’accueille des pratiquants et des pratiquantes. Aujourd’hui, tu vas nous parler de ton parcours, de ton actualité de pratiquante, mais aussi de ton livre, un roman sur les arts martiaux, et plus précisément sur le karaté : L’Appel du karaté.

Anne-Laure : Exactement.

Lionel : Avant de parler du livre, parle-nous un peu de toi. Comment es-tu arrivée sur le tatami ? Est-ce que tu te rappelles de ta première fois sur un tatami ?

Anne-Laure : J’avais 15 ans. Je devais aller au lycée, c’était un peu loin, et j’avais besoin d’avoir confiance en moi. Ma sœur faisait du judo, et je ne voulais surtout pas faire comme elle. Je suis donc allée dans l’autre section qui ouvrait. On a commencé dans un tout petit club, et je suis restée cinq ans.

Lionel : Pourquoi les arts martiaux ? Tu aurais très bien pu faire autre chose.

Anne-Laure : Sans doute pour savoir me défendre. Ou, en tout cas, pour avoir cette sensation de pouvoir me défendre. Il m’a fallu à peu près cinq ans pour me dire : voilà, je pourrais un peu me débrouiller. Pas énormément, mais un peu.

Lionel : Tu penses que ça a joué sur ta confiance en toi ?

Anne-Laure : Oui. Au bout de cinq ans, je me sentais plus solide.

Lionel : Quand tu te revois au moment où tu as commencé, et que tu regardes comment tu es maintenant, est-ce que ça t’a aidée dans ton parcours ?

Anne-Laure : Oui. Ne pas forcément se laisser faire, et aussi avoir une capacité de négociation pour ne pas arriver aux mains. Et ma fille, qui pratique le karaté, j’ai vu énormément de changements en elle grâce au karaté : sur la confiance en elle, sur sa façon de se positionner, et sur le bonheur qu’elle avait à pratiquer.

Lionel : Tu es donc pratiquante, maman, et à côté de ça, tu es enseignante.

Anne-Laure : Oui, depuis 20 ans.

Lionel : Enseignante, mais pas d’arts martiaux.

Anne-Laure : Non. Quoique le karaté scolaire commence à se développer, et je me dis que ce serait chouette d’enseigner le karaté à mes élèves. Mais pour l’instant, je suis enseignante en REP+, avec des CE1 actuellement, et je suis également maîtresse formatrice.

Lionel : Est-ce que tu vois une différence entre les enfants qui ont une activité sportive, culturelle ou artistique, et ceux qui n’en ont pas, dans leur évolution scolaire ?

Anne-Laure : Je vois surtout la différence entre les enfants qui ont des passions, qu’elles soient sportives, culturelles ou artistiques, et ceux qui, entre autres, s’enferment dans les jeux vidéo. Au moins une fois par an, j’ai un ou deux élèves qui sont en décrochage, avec des difficultés de communication, parfois de la violence ou un renfermement. Quand on prend les choses à bras-le-corps, qu’on en parle aux familles et que les familles comprennent, on sent le changement chez l’enfant.

Lionel : Dès un si jeune âge ? On parle souvent de ça chez les adolescents, quand ils arrivent au collège, parce que c’est un grand changement. Mais tu le vois bien avant ?

Anne-Laure : Oui, bien avant, dès qu’ils commencent à avoir accès aux écrans. Même des collègues de maternelle en parlent. On voit des enfants qui se renferment et qui sont dans une violence physique ou verbale. Ils ne supportent plus les autres. Alors que, justement, quand ils pratiquent une activité, on les déconnecte de ça.

Lionel : C’est peut-être là qu’on arrive à l’entrée de ton livre. Tu parles d’un enfant complètement renfermé sur lui-même, dans les jeux vidéo, qui découvre le karaté. Mais avant d’aller plus loin dans l’histoire, comment es-tu arrivée à l’écriture de ce livre ? Si ma mémoire est bonne, c’est ton deuxième livre ?

Anne-Laure : C’est mon quatrième.

Lionel : Ah, voilà, je n’ai pas bien fait ma recherche ! Ton quatrième livre.

Anne-Laure : Oui. J’ai commencé à écrire quand je me suis séparée, il y a dix ans, parce qu’on a plus de temps. En 2021, mon premier livre est sorti. Il s’appelait Trop fort mon papa. Ensuite, on m’a réclamé Trop forte ma maman.

Lionel : Voilà, c’est pour ça que j’étais resté sur Trop fort mon papa. Peut-être parce que je suis papa !

Anne-Laure : Il y a aussi la maman. Et puis un collègue karatéka m’a dit : “Tu écris, et ta passion c’est le karaté. Alors écris un roman sur le karaté.” Au départ, je ne me sentais pas du tout légitime. Puis il y a eu différents facteurs. Quelqu’un d’important dans ma vie m’a dit : “Mais tu en es capable.” Et elle m’a aussi dit : “Ta fille écrit. Si ta fille le fait, toi aussi tu en es capable.” Du coup, je me suis dit qu’il fallait y aller.

Lionel : Et tu t’es lancée.

Anne-Laure : Oui. Le lendemain matin, à 5 h 30, j’ai pris mon téléphone. On était en vacances dans un petit studio, ma fille dormait à côté, il ne fallait pas que je fasse de bruit. J’ai écrit de 5 h 30 à 6 h 30 du matin, pendant deux mois.

Lionel : Quel était ton processus d’écriture ? Est-ce que c’est un reflet de ce que tu as vécu, ou plutôt ce que tu vois avec tes yeux d’enseignante, à travers les difficultés des familles ?

Anne-Laure : C’est un tout. Il y a moi, maman de compétitrice. Il y a moi, karatéka, parce que je suis revenue au karaté à 43 ans. Et quand on revient, tout le monde parle japonais, ça paraît évident pour tout le monde, mais quand ça fait longtemps, ce n’est pas si simple. Je me suis donc fait des cartes mentales, que j’ai mises dans le livre grâce à ma collaboratrice.

Anne-Laure : Il y a aussi ce que je vois comme enseignante, par exemple quand j’amène mes élèves à l’EHPAD. Il y a un chapitre sur ce sujet. Il y a également la sensibilisation à l’écologie, qui vient de mon travail avec mes élèves. Et il y a aussi moi, enfant, avec mes parents séparés. C’est un mélange de vécu, de ressenti, de ce qui m’intéresse et me touche.

Lionel : Ce qui m’intéresse dans le livre, c’est ce côté simple. On ouvre un peu le cœur, et on parle franchement de choses qui peuvent être compliquées, mais avec des mots simples.

Anne-Laure : C’était une de mes volontés, même si ça n’a pas forcément été réfléchi en amont. On vit l’histoire à travers le personnage. C’est lui qui parle, qui pense. Du coup, on vit les choses à 100 % avec lui. Tous les retours que j’ai me disent qu’il y a de l’émotion, de l’humanité, et que chacun peut s’y reconnaître : parent, enseignant, enfant ou ancien enfant. Beaucoup d’anciens karatékas me disent : “Je me reconnais là-dedans, c’était moi le gamin.”

Lionel : Moi, à l’époque, ce n’était pas les consoles, parce qu’il n’y en avait pas. C’était plutôt les Lego et les Playmobil. J’étais enfermé dans mon monde. Mais ce qui me sortait de là, c’était l’univers des arts martiaux.

Anne-Laure : Et puis le fait d’avoir une autre famille. Quand je suis revenue au karaté, on se retrouvait. On ne se voyait pas forcément en dehors, mais ce qu’on vivait ensemble pendant une heure ou une heure et demie n’a pas de prix. On sait qu’on peut compter les uns sur les autres. C’est vraiment du partage.

Lionel : Oui. Le karaté peut être un sport individuel parce qu’on est face à soi-même, mais c’est aussi être ensemble, partager, échanger, progresser grâce à l’autre. Ça rejoint la maxime de Kanō sensei : jita kyōei, entraide et prospérité mutuelle. Aujourd’hui, dans l’esprit du dojo, on n’est plus à l’époque féodale où l’on préparait les gens à partir au combat. On vit une autre époque. On est là pour transformer la personne.

Lionel : On le voit avec les enfants : certains arrivent très excités et ont besoin d’être canalisés ; d’autres sont inhibés et ont besoin de prendre confiance, de s’ouvrir aux autres ou aux enseignants. Parfois, ils n’osent pas parler à leurs parents, mais ils vont parler à l’enseignant parce qu’ils lui font confiance. Cela permet ensuite de faire le lien et de continuer le travail. C’est un rôle essentiel, et on retrouve cela dans ton livre.

Lionel : Dans le livre, tu montres plein de petites choses : l’évolution de cet enfant qui découvre le dojo, cet univers qu’il ne connaît pas. Au début, il ne sait pas trop où il va, puis petit à petit il s’accroche, il décroche de la console, il va vers l’avant, il découvre la pratique, et il va même jusqu’à la compétition.

Anne-Laure : C’est ça.

Lionel : À un moment, il veut arrêter la compétition parce qu’il est passé à côté, ou parce qu’il pense avoir mal fait. Et pourtant, il arrive à y retourner. Ce n’est pas évident. On peut tous, adulte ou enfant, se dire : “J’arrête tout.” Le piège est là. Il faut comprendre que ce n’est pas un échec, mais une expérience.

Anne-Laure : C’est ça. Il faut oser. Oser faire les choses, oser se tromper, oser y aller.

Lionel : J’en discutais hier en stage avec un élève. Je lui disais : “Quand tu es face au but, avec le ballon, et que tu tires à côté, tu crois que c’est le pire. Mais non. Le pire, c’est de ne jamais frapper le ballon.” Et ça, on le voit dans ton roman : cet enfant ose, mais il est aussi accompagné. Il y a sa maman, son papa au loin, avec des petits gestes qui touchent. D’ailleurs, la petite histoire de la vis, c’est totalement fictif ?

Anne-Laure : Oui, totalement.

Lionel : C’est très beau. Je ne vais pas trop en dire pour ne pas spoiler le livre, mais j’ai trouvé ça magnifique : une belle preuve d’amour, de complicité, et en même temps de soutien. C’est comme dire : “Je suis derrière toi, je suis avec toi.”

Anne-Laure : C’est ça.

Lionel : Est-ce qu’il y aura une suite ?

Anne-Laure : Oui. J’attendais d’avoir des retours, parce que je ne voulais pas écrire pour écrire si ça ne plaisait pas. Comme les retours sont extrêmement positifs, et qu’on me demande : “Et maintenant, Manu, qu’est-ce qu’il fait ? Et sa sœur ?”, je me suis lancée. J’ai déjà écrit dix chapitres. On retrouve les personnages trois ans plus tard.

Lionel : Donc si on n’a pas lu le premier, ce n’est pas grave ?

Anne-Laure : Ce n’est pas grave. Mais si on a lu le premier, ça a beaucoup plus de saveur.

Lionel : À qui s’adresse le livre ? Principalement aux pratiquants, ou aussi aux parents qui veulent comprendre la passion et l’univers dans lequel leurs enfants vivent ?

Anne-Laure : Justement, il fallait décider d’un âge. Souvent, on dit “7-10 ans” ou “10-13 ans”, et ça m’embêtait. Pour les karatékas, je trouve que ça s’adresse à tous les âges. Pour les non-karatékas, je dirais que c’est plutôt pour les jeunes. Mais les karatékas de tous âges peuvent y trouver un écho.

Anne-Laure : Les parents de karatékas peuvent aussi s’y retrouver : le stress des compétitions, comment aider les enfants, même dans la préparation du sac. Parfois, on envoie les enfants en compétition, mais il manque des choses : un élastique, le bon équipement, le petit goûter qui fait du bien, pas l’énorme encas. J’ai essayé de glisser ces petites choses parce que je les ai vécues. Si ça peut aider, tant mieux.

Lionel : Dans la suite, on retrouve le personnage trois ans plus tard. Il est donc collégien ?

Anne-Laure : Oui, en troisième.

Lionel : C’est une période charnière. Le collège transforme les enfants. En même temps, cela fait trois ans qu’il pratique le karaté, donc la pratique a dû le transformer. Est-ce qu’il est plus ancré ?

Anne-Laure : Oui, il est plus ancré. Il y a aussi quelque chose par rapport à sa famille, mais je ne peux pas trop en dire. L’idée, c’est aussi de montrer que chacun pratique le karaté à sa façon. Il n’y a pas une seule façon de pratiquer. On est tous différents. En fonction de notre tempérament, on aborde le karaté différemment, et pourtant chacun peut s’y retrouver.

Lionel : Tu penses que les arts martiaux pourraient aider les enfants, même si ce n’est pas leur choix de pratiquer cette discipline ?

Anne-Laure : À l’école, on ne leur demande pas toujours leur avis quand il faut travailler la conjugaison, les maths, le rugby ou le badminton. On les ouvre à différents domaines. Je trouverais donc intéressant que l’école puisse aussi les ouvrir au karaté : au respect, aux valeurs, aux codes. Dans le livre, j’essaie justement de mettre en valeur ces valeurs, et d’apporter aussi une dimension culturelle et historique.

Anne-Laure : Souvent, même des pratiquants ceintures de couleur, et parfois même des ceintures noires, ne connaissent pas le nom du fondateur ou l’histoire. Dans le livre, ce sont seulement de petits éléments anecdotiques, pour donner envie d’aller plus loin, de lire, de grandir et d’éveiller leur curiosité.

Lionel : Tu leur donnes les choses par petites gouttes.

Anne-Laure : Oui. Et parfois, ça donne envie. Par exemple, le nom du fondateur est compliqué quand on n’a pas l’habitude. Maintenant, avec le livre, certains enfants retiennent : Gichin Funakoshi. Avant, ils ne le savaient pas, et ça me fait plaisir.

Lionel : Tu es déjà intervenue dans des clubs depuis la sortie du livre ?

Anne-Laure : Oui. Des clubs ont commandé des livres, parfois pour les offrir, parfois avec d’autres formes de participation. J’ai pu échanger avec les jeunes, qui m’ont posé des questions. On a fait de la lecture. C’était un moment magique.

Lionel : Le livre est sorti en mars, et nous sommes début juillet. Tu as déjà fait plusieurs interventions ?

Anne-Laure : Oui, deux clubs m’ont demandé d’intervenir, et il y aura peut-être un match retour. Un autre aimerait organiser quelque chose à la rentrée. Certains aimeraient aussi qu’on se revoie une fois que le livre aura été lu, pour que les jeunes puissent poser leurs questions : comment, pourquoi, est-ce que c’est ma vie, etc.

Lionel : Ces retours te permettent-ils aussi de revoir ta copie avant la sortie du prochain livre ?

Anne-Laure : Déjà, ça me donne une dose de confiance. Pour écrire, j’en ai besoin. Ce n’est pas facile d’écrire, parce qu’on se met à nu. Comme pour tous les projets, il faut oser, et on a besoin de confiance. Ça fait du bien de savoir que le livre plaît, que les enfants ont envie de lire. Un monsieur m’a dit : “Je n’ai jamais lu de ma vie, ce sera mon premier livre.”

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Reprise de l’entretien

Anne-Laure : J’ai aussi eu le retour d’un ado de 14 ans qui disait : “Je n’aime pas lire.” Puis il a dit à sa mère : “Dis-lui que c’est top, dis-lui que j’adore.” Ça fait du bien. C’est chouette, parce que mon but est aussi d’allier le sport et la lecture.

Anne-Laure : Je n’aime pas les étiquettes du type : “Il est sportif donc il ne lit pas”, ou “il lit donc il ne fait pas de sport”. En réalité, ça n’a rien à voir. Il y a des athlètes qui lisent. En karaté, on peut citer Alexandra Recchia, entre autres. L’idée est justement de lier les deux.

Lionel : Oui, on peut avoir des muscles et une tête. Cela rappelle le principe japonais shin-gi-tai : le corps, la technique et l’esprit en symbiose dans la pratique. Tout est lié, et la transformation se passe avec cela.

Lionel : Comment te vois-tu aujourd’hui, entre le moment où tu as écrit ce livre, les retours que tu reçois, et le fait que tu sois déjà dans l’écriture du deuxième ?

Anne-Laure : Je vois le troisième et le quatrième. Ça donne envie de continuer.

Lionel : Qu’est-ce qui te motive le plus dans cette écriture ? Parce qu’habituellement, dans le karaté, on trouve surtout des livres techniques, des livres pédagogiques, quelques biographies de maîtres, mais peu de romans.

Anne-Laure : Le plaisir de lire. Le plaisir d’avoir sa bulle. Quand on aime lire, parfois on n’a pas envie de finir un livre parce qu’on sait que ça va être la fin. Ou au contraire, on a envie de le dévorer. Chacun sa technique.

Lionel : Oui, il y a deux écoles. Moi, quand j’arrive à un moment fort, je ne peux pas poser le livre. Je ne peux pas aller dormir, il faut que je sache. Mon fils, lui, quand il voit qu’il arrive à la fin, il ralentit pour savourer.

Anne-Laure : Je trouve que le plaisir de lire crée du bonheur. Si les gens sont heureux et que ça leur apporte quelque chose, ça me va. Il faut continuer.

Lionel : Est-ce que l’écriture t’a permis de mieux comprendre ta pratique ?

Anne-Laure : Tu parles de ma pratique du karaté ou de ma pratique d’écriture ?

Lionel : Les deux, mais commençons par l’écriture.

Anne-Laure : J’ai une écriture intuitive. Je ne suis pas quelqu’un qui va se mettre à table à 10 h en disant : “Allez, on y va.” Je n’y arrive pas comme ça. Moi, c’est plutôt : un matin, une idée, et j’y vais. J’écris sur mon téléphone, c’est mon rituel. J’ai mes chapitres, et souvent ça vient par écho. J’ai un premier chapitre, puis une suite arrive naturellement. Je sais ce que je veux aborder, mais ça se déroule.

Lionel : Ça ressemble à ce qu’on disait sur les plans de cours. Tu as ton début, ta fin, et entre les deux tu brodes. Tu sais d’où tu pars, tu sais où tu veux aller, même si tu n’as pas encore tout le chemin.

Anne-Laure : Exactement. Dans ce livre, j’ai abordé des thèmes comme la séparation ou le harcèlement. Dans l’autre, il y aura Alzheimer, l’alcoolisme, les agressions qui peuvent malheureusement arriver. Mais je les aborde en filigrane. Ce n’est pas une thèse. Ce sont des petites choses qui permettent d’échanger. On en parle parce que c’est la vie, mais sans rendre le livre anxiogène.

Lionel : Oui, on sent que ces sujets sont présents, mais qu’ils ne ternissent pas le récit. Au contraire, ce sont des épreuves qui transforment le personnage, parce qu’il est accompagné et parce qu’il y a une réflexion.

Anne-Laure : Être bien entouré, c’est la base.

Lionel : Revenons au titre. L’Appel du karaté : où as-tu trouvé ce nom ?

Anne-Laure : Le titre s’est imposé. Certains m’ont dit : “Ah, c’est l’appel du général de Gaulle ?” Non, ce n’est pas ça. C’est plutôt L’Appel de la forêt de Jack London. J’avais vu le film, puis j’ai lu le livre. Dans l’histoire, le chien entend l’appel de la forêt. Là, c’est un peu pareil : le dojo appelle le personnage. Il est attiré par les kiai, et il a envie d’y aller.

Lionel : Je n’avais pas fait le rapprochement, mais oui, ça fonctionne très bien. Et l’illustration de couverture, quelqu’un en particulier l’a faite ?

Anne-Laure : Pour la couverture, je voulais mettre en valeur le fondateur, avec Funakoshi et des sakura. Au départ, je voulais son visage et une ceinture par-dessus, mais ça ne rendait rien. Un collègue m’a dit qu’il faudrait mettre un peu de rouge, en lien avec le Japon. J’avais aussi en tête une montagne, un arbre, le mont Fuji. Un jour, je me suis mise sur l’îlot central et j’ai fait un petit croquis. Je l’ai pris en photo, je l’ai envoyé à ma collaboratrice, et elle m’a dit : “Très bien, je garde.” Je lui ai répondu : “Mais non, c’est un croquis, il faut le retravailler !” Finalement, elle a fait deux ou trois choses au niveau numérique, mais la base est restée.

Lionel : Donc la couverture est née d’un croquis que tu as fait toi-même.

Anne-Laure : Oui. Elle a intégré le visage du fondateur et fait quelques modifications.

Lionel : Ton illustratrice, ou plutôt celle qui a fait la mise en page, c’est Marion ?

Anne-Laure : Oui, Marion. Elle est extraordinaire, très empathique, donc on se comprend bien, et elle est extrêmement compétente. C’est elle qui a fait Trop forte ma maman, avec des dessins d’une grande qualité et une vraie intelligence émotionnelle. Nous travaillons aussi sur Trop forts mes grands-parents. J’espère qu’elle sera là pour la suite de L’Appel du karaté. C’est elle qui a mis en page, fait les cartes mentales et les rappels. J’avais des dessins pour moi, en tant que pratiquante, et je lui ai demandé de les numériser. Elle les a redessinés.

Lionel : En faisant tes recherches, est-ce que tu as découvert des choses que tu ne savais pas ?

Anne-Laure : Oui, beaucoup de choses. Par exemple, la taille de Gichin Funakoshi, que je ne vais pas dire parce qu’elle est dans le livre. J’ai aussi travaillé sur la place des femmes, et j’en parlerai davantage dans le deuxième tome. Pour le premier, je ne pouvais pas tout dire.

Anne-Laure : Il y a aussi une carte mentale sur go no sen et tai no sen. Une heure avant la mise en ligne, un collègue karatéka m’a demandé si j’étais sûre de la façon dont je les présentais. Je suis allée sur un lien où tu expliquais ces notions, et on a fait un dessin à partir de tes explications.

Lionel : Ah, ça, je ne le savais pas !

Anne-Laure : Je te l’apprends.

Lionel : Très bien. Donc, si tu me disais que c’était bien, c’est que j’avais bien compris aussi !

Lionel : Et maintenant, quelle est la suite dans ta pratique ?

Anne-Laure : Malheureusement, j’ai dû faire une pause liée au tatami à cause d’une blessure aux ligaments croisés. L’opération s’est très bien passée, mais la rééducation a été compliquée, et elle l’est encore. J’espère retrouver le chemin du tatami, mais je ne sais pas encore quand.

Lionel : Dans ton idéal, qu’aimerais-tu faire ?

Anne-Laure : J’aimerais passer mon deuxième dan, mon DIF, puis peut-être m’orienter vers le karaté santé, le para-karaté et le karaté scolaire, pour faire profiter aussi mon école.

Lionel : Pourquoi le karaté santé ? Pour t’adresser à un autre public ?

Anne-Laure : Peut-être que c’est une déformation professionnelle, parce que je fais déjà beaucoup de différenciation. J’aimerais apporter quelque chose à des personnes de plus de 60, 65 ou 70 ans, qu’elles puissent s’épanouir, grandir. Je pense à ma maman, à mon papa. La vie continue, et il y a encore plein de choses à vivre.

Lionel : C’est le grand avantage du karaté : on peut pratiquer à tout âge, à condition d’avoir la bonne personne en face, qui propose les bons outils pour chaque âge.

Lionel : Est-ce que tu as une envie particulière à transmettre dans tes futurs cours ?

Anne-Laure : La confiance en soi. Pour moi, c’est la base de tout être humain. Les mots, les gestes, les regards peuvent construire ou détruire. On le voit au karaté, dans la vie, au travail. De petites phrases peuvent faire souffrir et renfermer les gens, même à 50 ans. L’important, c’est d’avoir des projets, d’être bien entouré, d’avoir cette dose de confiance en soi et d’oser.

Anne-Laure : Un inspecteur l’avait dit un jour en réunion, et je m’étais dit qu’il avait raison : il faut oser. Il faut aussi oser se planter. Avec les élèves, on tente des choses. Parfois ça rate, et ce n’est pas grave : on fait autrement. Mais si on ne fait rien, on n’avance pas.

Lionel : C’est très juste. J’en discutais lors d’une visio avec le Campus national des enseignants. En tant qu’enseignants en club, nous n’avons pas les enfants toute la journée comme toi à l’école, mais les mots que l’on emploie les touchent et les transforment. Les enfants sont encore très modelables. Ils n’ont pas toujours l’expérience pour mettre à distance ce qu’un adulte leur dit. On peut les aider à se transformer, ou au contraire les renfermer avec des phrases comme : “Tu n’y arriveras pas”, ou “Tu es nul.”

Lionel : Il faut essayer d’avoir le bon mot, celui qui peut changer quelque chose, et qui peut rester longtemps. Moi-même, je me rappelle encore certaines phrases qu’on m’a dites à 14 ans. Ce n’était pas agréable. Aujourd’hui, je suis passé au-delà, mais ça marque.

Anne-Laure : Ce sont des tatouages. Et tant qu’à avoir des tatouages, autant avoir les bons.

Lionel : Exactement.

Anne-Laure : Je me souviens d’une petite fille que j’avais, un vrai petit oiseau tombé du nid. Elle avait énormément de difficultés. À la fin de l’année, elle avait déployé ses ailes. L’école restait difficile, mais elle courait, elle dansait, elle venait me dire : “Maîtresse, je vais t’aider.” Pour moi, j’avais déjà gagné quelque chose.

Lionel : Tu l’avais libérée, ou plutôt tu lui avais donné la capacité de se libérer. Cela me fait penser à Charles Pépin, qui parle de la confiance. Il dit une chose très juste : pour donner confiance à quelqu’un, il faut d’abord lui accorder ta confiance. Ça veut dire lui donner un projet, une situation à résoudre, pour qu’il développe sa propre confiance. Ce n’est pas quelque chose que tu prends et que tu donnes directement. Tu crées les conditions pour qu’il la construise.

Lionel : Les mots, les relations, les situations que tu crées peuvent tout changer. On dit souvent : “Prends confiance.” Mais si on ne fait jamais confiance à quelqu’un, comment peut-il prendre confiance ?

Anne-Laure : C’est la fierté. S’ils sont fiers d’eux, c’est un engrenage, un cercle vertueux.

Lionel : Et on retrouve cela dans le livre : la maman très présente, l’entraîneur, le sensei qui a les bons mots pour faire passer les caps, qui sait mettre en valeur un moment que l’enfant percevait comme un échec. Il sait renverser la situation. J’ai trouvé ça superbe.

Anne-Laure : Merci.

Lionel : Le livre fait du bien. Il n’est pas moralisateur. Parfois, dans certains livres autour du sport, on sent un discours du type : “Il faut faire ceci, il faut faire cela.” Là, non. C’est léger, c’est du partage. Les personnages font leurs choix, et on sent que ces choix sont guidés par l’empathie.

Anne-Laure : Oui.

Questions courtes

Lionel : En un mot, comment te définis-tu ?

Anne-Laure : Empathique.

Lionel : En un mot, qu’est-ce que tu ne veux pas ?

Anne-Laure : Ne plus avoir de projet. J’ai besoin de projets, c’est ce qui me fait avancer. Le jour où j’ai un creux de projet, c’est la panique.

Lionel : Mis à part le livre, quel est ton prochain projet ?

Anne-Laure : Revenir sur les tatamis, remettre un kimono, retrouver la technique pour remettre la ceinture. J’en ai parlé dans le livre, et je l’ai vraiment vécu : je vais chercher des vidéos parce que je ne sais plus faire. J’aimerais retrouver ça, refaire du volley aussi, parce que j’en fais à côté. Avec le genou, comme il y a des pivots, ce n’est pas encore possible. J’aimerais revenir en tant que sportive.

Lionel : Retrouver un équilibre tête-corps.

Anne-Laure : Exactement.

Conclusion

Lionel : Merci beaucoup pour ce partage.

Anne-Laure : Merci à toi.

Lionel : Avec grand plaisir. On se retrouve prochainement dans une nouvelle Parole aux pratiquants. Comme vous avez pu le voir, Anne-Laure n’est pas venue ici comme une experte technique, mais comme une pratiquante qui partage tout simplement son parcours. Et ça me fait plaisir de donner la parole à des personnes qui s’investissent dans des projets, qui font vivre la pratique avec cœur.

Lionel : Continuez à pratiquer avec cœur, avec envie, et surtout à partager avec votre cœur. Merci beaucoup.

Lionel : Si cette rencontre t’a inspiré, pense à laisser un commentaire et à la partager autour de toi. Et si tu veux continuer à progresser en dehors de ton dojo et récupérer plein de vidéos pédagogiques, retrouve-moi sur Imagin’ Arts Digital. Parce qu’un bon enseignant continue toujours d’apprendre.

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Lionel Froidure

Fondateur de Imagin' Arts - CN 7ème Dan Karaté - CN 6ème dan Arnis Kali - Professeur diplômé d’état DEJEPS - Instructeur Arnis Kali 3ème degré WADR - Enseignant au Blagnac Arts Martiaux - Ma citation : "Pour être un pratiquant il faut pratiquer. Alors pratiquons. » - J’adore partager mes connaissances pour vous permettre de progresser que ce soit au dojo, en stage et bien sur dans le Club Vidéo.

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lionel froidure karate

Je suis Lionel Froidure – 7e dan Karaté /  6e degré Arnis / réalisateur / formateur.

Ici, tu ne trouveras pas juste des vidéos et des articles : tu trouveras des pistes de travail pour progresser, pour structurer et orienter ta pratique au dojo.