Encore aujourd’hui, quand je rentre d’un stage, d’un entraînement ou parfois d’un tournage en Asie, il m’arrive très souvent de me dire :
« Je sais ce que je dois faire… mais je n’arrive pas encore vraiment à le faire. Pourquoi ? Qu’est-ce qui me manque ? »
Et généralement, je ne laisse pas cette question de côté. Je suis du genre à beaucoup travailler entre mes entraînements, à chercher, à tester, à reprendre un mouvement, à regarder ce que font d’autres pratiquants ou enseignants. J’essaie de comprendre pourquoi quelque chose fonctionne, pourquoi ça ne fonctionne pas encore chez moi, ou simplement ce que je n’ai pas encore vu.
Avec le temps, je me rends compte qu’une grande partie de ma progression s’est aussi construite comme ça : entre les entraînements.
Bien sûr, le tatami reste indispensable. Il faut pratiquer, ressentir, travailler avec des partenaires, se confronter à la distance, au timing, au rythme, à ses propres limites. On ne remplace pas cela par une vidéo ou par de la réflexion. Mais ce qui se passe entre deux entraînements peut malgré tout changer énormément ce que l’on fera au suivant.
Et je sais que je ne suis pas le seul à fonctionner comme ça. Vous êtes nombreux à chercher, à revoir un kata chez vous, à repenser à une correction du professeur ou à essayer de comprendre pourquoi tel mouvement ne passe pas comme vous voudriez.
Alors je voulais partager quelques pistes que j’utilise encore aujourd’hui pour continuer à faire progresser mon karaté entre deux passages sur le tatami.

Revenir sur une seule chose
Quand on sort d’un entraînement ou d’un stage, on a parfois reçu énormément d’informations. Une correction sur la posture, une autre sur la distance, un détail sur la trajectoire, une réflexion sur le timing, une nouvelle application… et on voudrait tout retenir.
Le problème, c’est qu’à vouloir tout travailler en même temps, on finit souvent par ne rien approfondir vraiment.
Alors, de mon côté, j’essaie souvent de faire plus simple : je choisis une chose. Cela peut être un déplacement qui ne me satisfait pas, une entrée en kumite, un passage de kata, une sensation que j’ai eue pendant l’entraînement et que je veux retrouver. Et je reviens dessus.
Je peux la travailler physiquement, mais pas forcément. Parfois, je me contente d’y réfléchir. Pourquoi ai-je perdu ma stabilité ici ? Pourquoi mon mouvement fonctionne-t-il lentement mais se dégrade dès que le rythme augmente ? Pourquoi est-ce que ça passe avec un partenaire et pas avec un autre ?
Ce travail-là compte aussi. On oppose parfois un peu trop facilement réflexion et pratique. Pour moi, les deux doivent se nourrir. Je pratique pour comprendre, mais il m’arrive aussi de chercher à comprendre pour mieux pratiquer ensuite.

Regarder autrement ce que l’on connaît déjà
C’est quelque chose que je ressens de plus en plus avec les années.
Quand on débute, la progression est assez visible. On apprend une nouvelle technique, un nouveau kata, une nouvelle forme de kumite. On découvre beaucoup de choses et on a régulièrement le sentiment d’avancer.
Puis, avec le temps, cela devient moins évident. On connaît déjà les techniques. On a probablement répété certains mouvements des milliers de fois. On pourrait facilement croire qu’il n’y a plus grand-chose à découvrir.
Mais en réalité, c’est surtout notre regard qui change.
Un oi-zuki reste un oi-zuki. Bassai Dai reste Bassai Dai. Et pourtant, on peut y revenir dix, vingt ou trente ans plus tard et voir quelque chose que l’on n’avait jamais compris jusque-là. Parce que notre corps a changé, notre expérience aussi, les enseignants que l’on a rencontrés nous ont influencés, les partenaires avec lesquels on travaille nous ont obligés à nous adapter.
Le mouvement n’a pas forcément changé. C’est nous qui avons changé.
Michèle, membre d’Imagin’ Arts Digital, m’écrivait justement :
« J’apprends encore et encore de nouvelles choses […] au fil des années et des grades passés on évolue et on apprend toujours. »
Je trouve cette remarque très juste. À un certain niveau, progresser ne consiste plus seulement à apprendre davantage. Cela consiste aussi à regarder autrement ce que l’on croyait déjà connaître.

Transformer une difficulté en question et chercher la réponse.
Il y a une autre habitude qui m’aide beaucoup : quand quelque chose ne fonctionne pas, j’essaie de me dire « je n’y arrive pas ENCORE».
J’essaie de transformer le problème en question.
Pourquoi est-ce que je perds ma distance ici ? Pourquoi mon partenaire voit-il mon attaque arriver ? Pourquoi ce mouvement fonctionne-t-il dans le kihon mais beaucoup moins lorsque la distance devient libre ? Pourquoi cette application passe-t-elle facilement avec un partenaire coopératif et beaucoup moins dès qu’il change légèrement son comportement ? Pourquoi est-ce que je me contracte quand le rythme augmente ?
Évidemment, poser la question ne donne pas tout de suite la réponse. Mais au moins, cela oriente la recherche.
Je pense que c’est quelque chose d’important lorsque l’on avance dans la pratique. Ne pas attendre systématiquement que le professeur nous donne la prochaine réponse. Cela ne veut pas dire que l’on n’a plus besoin de professeur, bien au contraire. Cela veut simplement dire que l’on apprend progressivement à regarder sa propre pratique et à se demander : « Qu’est-ce que je dois chercher maintenant ? »
Et quand on revient au cours suivant avec une question précise, le travail avec le professeur prend souvent une autre dimension.

Continuer à nourrir sa pratique
Au fond, c’est surtout cela qui m’intéresse : ne pas forcément pratiquer plus, mais continuer à nourrir ma pratique.
Cela peut être avec un exercice, une vidéo, un livre, une discussion avec un autre pratiquant, une rencontre lors d’un stage. Parfois, c’est simplement repenser tranquillement à ce qui s’est passé pendant l’entraînement précédent et essayer de comprendre ce que l’on pourrait faire différemment la prochaine fois.
C’est aussi, au fil des années, de cette manière que j’ai construit le club vidéo de karaté sur Imagin’ Arts Digital.
Je ne voulais pas créer une plateforme où l’on viendrait juste consommer toujours plus de vidéos comme sur Youtube. Ce que je voulais surtout, c’était de créer un endroit où l’on puisse venir lorsqu’une question apparaît dans sa pratique.
Tu veux revenir sur un kata ? Approfondir un bunkai ? Mieux comprendre le Jiyu Ippon Kumite ? Chercher de nouvelles pistes pour ton enseignement ? Découvrir la manière dont un autre expert aborde un sujet ? Alors tu peux venir chercher quelque chose, le regarder, y réfléchir… puis retourner sur le tatami et voir ce que cela change réellement dans ta pratique.
Philippe Marietti, qui est membre de la plateforme, l’a très bien résumé :
« C’est un outil qui complète parfaitement l’enseignement dispensé en club. »
Et pour moi, le mot important est vraiment « complète ».
Parce que rien ne remplacera jamais le professeur, le partenaire et les heures passées sur le tatami. Le Club Vidéo Karaté n’a jamais été pensé pour cela. Il est là pour tout ce qui peut se passer autour : chercher, comprendre, revenir sur un point, découvrir une autre approche, puis essayer à nouveau.
Nicolas Pierron, un autre membre, a utilisé une expression que j’aime beaucoup :
« La plate-forme est comme un compagnon de voyage qui, quelle que soit l’heure, est disponible pour t’accompagner. »
Je trouve que l’image fonctionne à la perfection.
Le karaté reste avant tout une pratique. Mais entre deux entraînements, il y a tout ce temps où l’on peut continuer à chercher, apprendre, réfléchir et parfois laisser mûrir certaines choses.
Et il arrive que le déclic ne se produise pas pendant l’entraînement lui-même, mais quelques heures ou quelques jours plus tard.
Puis on revient sur le tatami. Le corps (Tai) et l’esprit (Shin), reliés par la technique et la pratique (Gi).
Et là, quelque chose a changé.
Si tu veux découvrir les ressources que j’ai réunies dans cet esprit, tu peux jeter un œil au club vidéo.
→ Découvrir le Club Vidéo Karaté









