Nohan Dudon est un jeune athlète français de 22 ans qui ne cesse d’impressionner dans le monde du para-karaté. Malvoyant depuis l’âge de trois ans suite au syndrome de Lyell, il a transformé ce handicap en une source de force et de détermination. Aujourd’hui champion d’Europe et dans le top 3 mondial, Nohan nous ouvre les portes de son parcours unique et inspirant. Dès ses débuts, il a su s’adapter aux défis en compétition, en s’entraînant aux côtés de valides et en développant des techniques pour renforcer ses sensations et ses appuis.
Dans cette interview, il partage avec humilité son chemin vers l’excellence, marqué par de multiples victoires internationales et un engagement profond pour le développement du para-karaté. Outre ses performances sportives, Nohan poursuit des études en sciences du sport et intervient auprès des jeunes pour transmettre son expérience et démontrer que les limites peuvent être dépassées. Son rôle de porteur de la flamme olympique, un moment fort de sa carrière, témoigne de son statut d’ambassadeur pour le para-karaté et de son engagement à inspirer les autres.
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Découvrez le témoignage de Nohan Dudon, un champion qui allie passion, résilience et dévouement pour sa discipline, et qui regarde vers l’avenir avec l’ambition de devenir champion du monde.
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Défis de l’adaptation aux outils et méthodes d’entraînement : En raison de sa déficience visuelle, Nohan parle de l’importance de l’adaptation dans ses pratiques, en utilisant des outils sensoriels et innovants pour compenser le manque de vision.
Engagement dans des interventions scolaires : Il partage son parcours dans les écoles, avec des échanges auprès des jeunes pour sensibiliser à la question du handicap et promouvoir la normalisation des handicaps dans la société.
Inclusion et compétitions avec les valides : Nohan évoque son expérience en participant à des compétitions avec des athlètes valides, ce qui contribue à changer le regard sur le handicap et à démontrer ses capacités en tant qu’athlète compétitif.
Vision de la reconnaissance et du développement du para-karaté : Il exprime son espoir de voir le para-karaté gagner en reconnaissance officielle, notamment par l’obtention d’un statut d’athlète de haut niveau pour les para-karatékas.
Projets de stages spécifiques basés sur la proprioception et les sensations : Nohan prévoit d’organiser des stages qui mettent en avant des méthodes de karaté adaptées, axées sur les sensations et la proprioception, pour les pratiquants valides et en situation de handicap.
Objectifs futurs en recherche scientifique et ergonomie : En parallèle de sa carrière sportive, Nohan poursuit des études visant une spécialisation en recherche et développement d’outils adaptés aux personnes en situation de handicap.
Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de *La parole aux pratiquants*.
Aujourd’hui, je reçois Nohan Dudon, jeune athlète français de para-karaté, malvoyant depuis l’âge de 3 ans. Il a transformé son handicap en véritable force. Multiple champion de France, il s’est rapidement imposé sur la scène internationale avec un palmarès impressionnant : vice-champion du monde, champion d’Europe 2024, et actuellement parmi les meilleurs mondiaux.
Ambassadeur du para-karaté, Nohan représente sa discipline avec fierté. Il incarne la résilience, la détermination, mais aussi une forme de normalité que l’on a parfois tendance à oublier : une personne en situation de handicap peut être un athlète, un compétiteur, un étudiant, un modèle, et simplement quelqu’un qui poursuit son chemin.
Aujourd’hui, on va parler de son parcours, de son arrivée sur le tatami, de l’inclusion, de la compétition, de l’équipe de France, de la préparation mentale, des études, de la transmission et de l’avenir du para-karaté.
Bienvenue, Nohan. Comment vas-tu ?
Nohan :
Bonjour. Merci, je vais très bien. Merci de me recevoir, je suis heureux d’être là.
Lionel :
C’est avec grand plaisir. Aujourd’hui, on va parler de ton parcours. Je vais commencer par la toute première question : comment es-tu arrivé sur un tatami ? Qu’est-ce qui t’a poussé à venir au karaté ?
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Les premiers pas sur le tatami
Nohan :
J’ai commencé le karaté à l’âge de 4 ans. Aujourd’hui, j’ai 23 ans.
Quand j’étais petit, j’ai eu une maladie qui m’a fait perdre quasiment toute ma vue à l’âge de 3 ans. Pour faire simple, cette maladie a touché mes yeux, mais aussi ma peau. Quand j’étais plus jeune, c’était beaucoup plus marqué qu’aujourd’hui. À ce moment-là, l’inclusion scolaire n’était pas encore ce qu’elle est maintenant.
J’étais à Marseille avec mes parents, mais mon handicap et ma maladie faisaient que j’avais besoin d’un cadre un peu plus adapté. Mes parents ont donc décidé de déménager dans un petit village du Var, où mes grands-parents pouvaient aussi me garder pendant qu’ils travaillaient. L’école était plus petite, plus familiale, donc probablement plus adaptée pour moi à ce moment-là.
Dans ce village, il y avait un club de karaté. Il n’y avait pas énormément d’autres sports. Quelques amis de l’école en faisaient, et je crois que ma grand-mère m’a amené un jour. Je ne me souviens plus exactement si c’était lors d’une fin d’année ou d’une journée de découverte, mais c’est comme ça que j’ai découvert le karaté.
J’ai rencontré mon entraîneur, David Rossi, qui m’a ensuite suivi pendant des années. Je suis toujours en contact avec lui aujourd’hui. Il ne s’est pas posé de problème particulier. Il a simplement dit : « On y va, on tente. » Il s’est adapté tout de suite. Je pense qu’il a vu que j’étais partant, motivé, et que je n’avais pas peur d’essayer.
Voilà comment j’ai commencé. Un peu par hasard, finalement. Et puis ça m’a plu.
Lionel :
Comment s’est passée ton intégration dans les cours, avec les autres enfants valides ? Est-ce que tu t’en souviens ? Est-ce que tes parents t’ont raconté des choses ?
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L’intégration avec les autres enfants
Nohan :
Au début, c’est particulier, parce que je n’ai pas vraiment le souvenir d’avoir ressenti une différence. J’étais très petit, entre 4 et 8 ans, et les enfants n’ont pas forcément la même vision du handicap que les adultes.
Je ne sais pas si c’est une construction sociale, mais les enfants ne mettent pas les mêmes barrières. Ils voient parfois la différence, ils posent des questions de manière très directe, mais ils ne vont pas forcément chercher à mettre quelqu’un à l’écart pour cela.
Je ne me rappelle pas m’être senti différent ou exclu. Les cours étaient petits, on n’était pas très nombreux. À l’époque, le karaté pour les très jeunes n’était peut-être pas aussi développé qu’aujourd’hui. Mon entraîneur faisait beaucoup d’éducatif : équilibre, déplacements, petits jeux, bases du karaté. Ce n’était pas directement du karaté comme on l’imagine chez les plus grands, mais c’était une vraie entrée dans la pratique.
Même à l’école, je n’ai pas de souvenir très négatif de cette période. Il y avait bien sûr des adaptations, mais je ne me sentais pas à l’écart.
Lionel :
C’est vrai que les enfants ne voient pas toujours le handicap comme les adultes. Mon fils avait une petite fille en situation de handicap dans sa classe. Je les accompagnais à la piscine, et les autres enfants étaient avec elle de façon très naturelle. Ils voyaient bien qu’il y avait quelque chose de différent, mais elle restait dans le groupe. Ils faisaient attention à elle, mais sans forcément la mettre à part.
Après, il y a évidemment tout un travail à faire du côté des enseignants pour accompagner cette compréhension et ce mieux-vivre ensemble.
Nohan :
Oui, et je pense que cela se fait de plus en plus aujourd’hui. Mon entraîneur, lui, a été très direct dans l’adaptation. Cela s’est très bien passé.
Les enfants ont souvent une vision plus présente, plus immédiate. Ils se disent : « Il y a une différence, mais ce n’est pas grave. Au fond, on est pareil. » C’est peut-être la vision que tout le monde devrait avoir.
Bien sûr, cela dépend aussi de l’éducation, mais dans mon expérience, je n’ai pas ressenti de discrimination ou d’exclusion liée à mon handicap dans le cadre du karaté.
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Adapter l’enseignement : voir, écouter, ressentir
Lionel :
Petit à petit, est-ce que ton enseignant a dû mettre en place des adaptations particulières ?
Dans les arts martiaux, on dit souvent qu’il faut voir, écouter, puis ressentir. Toi, sur ces trois canaux de transmission, il t’en manque un en grande partie. Comment cela s’est-il passé ?
Nohan :
Cela dépend vraiment du niveau de pratique. Au début, il y avait beaucoup d’éducatif. Ce qui est intéressant, c’est que les outils créés pour moi ont ensuite servi à d’autres.
Aujourd’hui, mon entraîneur travaille beaucoup sur tout ce qui est proprioception, même avec des jeunes totalement valides. Cela crée de très bons outils de travail. À la base, il s’adaptait à mon handicap, mais finalement, cela a ouvert des pistes pour tout le monde.
On a beaucoup travaillé avec les sensations de poids. Par exemple, avec des steps ou des repères au sol, pour sentir si le poids du corps est vers l’avant ou vers l’arrière. Quand on parle de zenkutsu dachi ou de kokutsu dachi, on peut voir la forme, mais on peut aussi la ressentir. Au début, quand on apprend, on voit une forme dans sa tête, mais on ne sent pas encore précisément l’équilibre du poids.
On a aussi utilisé des élastiques pour sentir les trajectoires et les résistances. Pour les embusen des katas, on travaillait avec des repères au sol, parfois tactiles, parfois très colorés, pour m’aider à distinguer les directions.
En combat, quand j’étais plus jeune, on utilisait aussi un élastique entre ma ceinture et celle de l’adversaire. Je pouvais sentir la distance en fonction de la tension. Quand l’adversaire était loin, l’élastique tirait davantage. Quand il se rapprochait, l’élastique se détendait. Je pouvais ainsi sentir le ma-ai autrement que par la vue.
À l’époque, comme on était enfants, le panel technique était plus limité, mais cela me permettait de répondre, de sentir quand l’autre arrivait, et d’expérimenter la distance.
On avait aussi un petit mannequin articulé, comme une sorte de poupée avec des coudes et des genoux articulés. On pouvait le placer à peu près en zenkutsu, kokutsu ou kiba dachi. Cela m’aidait à comprendre la représentation du corps, puisque je ne pouvais pas me voir dans un miroir.
Au début, on utilisait donc beaucoup ces outils : proprioception, toucher, repères, élastiques, objets, sensations.
Lionel :
Ce sont de super outils, parce qu’ils permettent de développer des compétences. Tu n’es pas seulement dans le visuel et la copie. Tu vas vers une compréhension du mouvement par le corps.
Avec l’élastique, par exemple, au lieu de voir la distance, tu la ressens. Au début, il faut peut-être une grande tension pour comprendre que l’adversaire est loin, ou un élastique complètement relâché pour comprendre qu’il est proche. Puis, petit à petit, le ressenti s’affine.
On le voit de plus en plus en éducation physique : on ne cherche pas seulement la reproduction technique, mais le développement de compétences. La compétence mène ensuite à la technicité.
Nohan :
Oui, exactement. Et ce qui est intéressant, c’est que ce travail peut servir à tous. Le karaté, ce n’est pas seulement reproduire un coup de poing ou un blocage. C’est ressentir son mouvement, comprendre ce que l’on fait, savoir quelle partie du corps est engagée.
Mon entraîneur a toujours beaucoup d’outils : élastiques, plots, steps, repères. Il cherche à aller chercher des sensations. Moi, j’adore ça.
J’essaie aussi de faire passer un message : même lorsqu’un sens manque, on peut apprendre. Il faut simplement trouver un autre chemin. Cela demande plus de réflexion, plus d’adaptation, mais avec de la bonne volonté, on arrive à apprendre différemment.
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Les premières compétitions
Lionel :
Quand as-tu commencé la compétition ? Et comment as-tu vécu tes premières compétitions ?
Nohan :
J’ai toujours fait un peu de petites compétitions interclubs. C’étaient surtout des rencontres amicales. Je faisais même du combat avec l’élastique. J’avais mes lunettes et une sorte de casque avec une visière. Ma tête était complètement serrée, mais ça me permettait de participer.
Quand l’adversaire était d’accord, on mettait l’élastique et on faisait le combat. C’était vraiment amical. Jusqu’à environ 10 ou 12 ans, ce n’était pas mon quotidien, mais j’aimais bien ces moments et j’aimais les faire avec les autres.
Ensuite, mon entraîneur s’occupait aussi de l’UNSS en karaté. Il y avait les championnats de France UNSS, avec des équipes. Il fallait un arbitre, au moins une fille, quelqu’un qui fasse du combat, quelqu’un qui fasse du kata, ou des personnes qui fassent les deux. C’était très convivial.
On avait mis en place un format de sport partagé, avec une personne en situation de handicap dans l’équipe. Je participais avec les valides, mais les points étaient comptés dans un classement spécifique. Je faisais kata et combat, toujours avec l’élastique quand c’était nécessaire.
Ce sont mes premières expériences de compétition nationale. On partait à travers la France, une fois par an. Il y avait tous les niveaux : certains avaient un an de pratique, d’autres avaient déjà un niveau de championnat de France fédéral.
J’ai aussi commencé à rencontrer des critiques. À l’époque, je faisais les katas avec une casquette, parce que mes yeux craignent beaucoup la lumière. Certaines personnes disaient que ce n’était pas respectueux vis-à-vis du karaté. C’étaient souvent des gens qui ne connaissaient pas ma situation.
Mais globalement, je garde surtout de bons souvenirs. C’est ce qui m’a fait aimer la compétition.
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Le développement du para-karaté
Lionel :
Comment as-tu vécu le développement du para-karaté au fil des années ?
Nohan :
J’ai commencé à faire de vrais petits opens vers 14 ans. C’était encore le début. Je faisais des katas, et ça se passait plutôt bien. C’est ce qui m’a fait commencer à vraiment travailler les katas pour la compétition.
À cette époque, il y avait tous types de handicaps. C’était intéressant parce qu’on était mélangés avec des personnes très différentes. Les catégories n’étaient pas encore aussi définies qu’aujourd’hui. C’était vraiment le début : les gens venaient faire du sport, découvrir la compétition, prendre de premières sensations.
Je connaissais déjà Jordan Fonteney, athlète de l’équipe de France avec une trisomie 21. On n’habitait pas très loin géographiquement, donc on s’est connus très jeunes. On a même fait les Jeux ensemble.
Petit à petit, chaque année, les compétitions rassemblaient un peu plus de monde. C’était mieux organisé. De plus en plus de personnes s’y intéressaient. Il n’y a pas eu un moment unique où tout a changé d’un coup ; c’est plutôt une évolution progressive.
Les premiers championnats de France para ont eu lieu autour de 2016, et mon premier championnat de France, c’était en 2017. Chaque année, il y a de plus en plus de participants. C’est une bonne dynamique, et je suis très content de voir ça.
Lionel :
En 2018, tu deviens champion de France. Qu’est-ce que cela représentait pour toi ?
Nohan :
Je vais être honnête : à l’époque, nous n’étions pas encore très nombreux dans la catégorie. J’avais déjà l’habitude de gagner sur certains opens, donc le titre en lui-même était important, mais je n’avais peut-être pas encore conscience de ce que voulait dire « champion de France ».
J’avais 16 ou 17 ans. J’avais travaillé pour ça. J’avais commencé à travailler sérieusement les katas, des choses comme Unsu, et c’était mon objectif. Mais je n’ai pas été surpris au sens où je savais que j’avais travaillé pour le faire.
Ce titre a quand même marqué un cap. Je faisais aussi des compétitions valides, y compris au niveau national, et je cherchais un peu ma place. Là, la Fédération française me donnait l’opportunité de montrer qu’avec un handicap, je pouvais aussi chercher la performance.
Le même jour, quelqu’un est venu me voir pour me dire qu’ils cherchaient un athlète pour le championnat du monde. Ils avaient vu mes performances et pensaient que je pourrais y aller. Finalement, j’étais trop jeune, car il fallait avoir 18 ans pour participer en senior.
Je ne l’ai pas vécu comme une frustration. Je me suis dit : « D’accord, cela me laisse deux ans pour travailler à fond et préparer la prochaine échéance. » Ce jour-là m’a donné un objectif supplémentaire. On me faisait confiance, on imaginait que je pouvais entrer en équipe de France. Cela m’a vraiment lancé.
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Se confronter aux valides
Lionel :
Tu as parlé plusieurs fois des compétitions avec les valides. Comment cela se passait pour toi ? Tu étais qualifié dans les départements, les régions, puis tu montais jusqu’aux championnats de France. C’était une motivation de te confronter aux autres ?
Nohan :
Oui. Je faisais les départementaux, les régionaux, et je me suis qualifié une fois comme ça. On s’est demandé si on y allait, car normalement, on n’a pas le droit d’aller sur le tatami avec des lunettes.
Au niveau régional, les gens me connaissaient et m’acceptaient sur le tatami. Pour les championnats de France, on a appelé la Fédération pour expliquer ma situation et demander si je pouvais participer avec mes lunettes. Cela s’est arrangé.
La première fois, c’était vraiment un peu improvisé. Je suis arrivé avec ma famille. Mon entraîneur n’avait même pas pu venir, car ce n’était pas un club orienté compétition. Les autres avaient les beaux survêtements d’équipe, et moi j’étais un peu différent, au-delà même du handicap.
Mais je ne me suis pas vraiment posé de question. Pour moi, j’avais ma place. Je mettais mes lunettes parce que je crains la lumière, mais une fois sur le tatami, je voulais être jugé comme les autres. À partir du moment où je commence mon kata jusqu’au moment où je le termine, je veux être évalué comme un athlète.
Bien sûr, au début, on peut me guider pour entrer et me placer correctement. Mais ensuite, je fais mon kata.
L’accueil a été majoritairement bon. Certaines personnes n’étaient pas forcément pour, parce que cela changeait les habitudes, mais beaucoup d’athlètes ont aimé ma démarche. J’ai créé des liens à partir de ça.
Depuis, quasiment tous les ans, je fais au moins la Coupe de France ou les championnats de France valides. Pour moi, il y a le côté confrontation : se mesurer à des gens qui n’ont pas les mêmes problématiques, aller chercher le meilleur niveau français, continuer à progresser.
Il y a aussi un message derrière. On peut faire de la performance avec un handicap. Il faut parfois casser des barrières, ne pas trop se poser de questions et essayer. On peut être déçu, on peut rencontrer des difficultés, mais de belles histoires peuvent aussi se créer.
Aujourd’hui, je me sens à ma place dans ces compétitions. Il n’y a presque plus de débat. Ce week-end, j’étais encore en Coupe de France. Les gens étaient derrière moi quand je faisais mes katas. J’ai passé plusieurs tours et j’ai perdu contre Fabien Tran, un très bon athlète français, souvent sélectionné en équipe de France. J’avais ma place en tant qu’athlète, simplement.
Lionel :
Cela permet aussi aux gens de s’habituer à te voir. Ils voient qu’une personne en situation de handicap vient se confronter à eux, avec la même recherche de perfectionnement.
Nohan :
Oui. Et je pense que cela agit aussi sur l’inconscient collectif. On parle de karaté, mais le message dépasse le karaté. Cela montre que dans la vie de tous les jours, avec du travail, on peut faire de grandes choses avec un handicap.
Je ne serai peut-être pas champion de France valide, parce qu’il y a des athlètes incroyables. Mais je peux passer des tours, aller le plus haut possible, me mesurer à des athlètes de très bon niveau, et parfois les faire trembler.
Ce week-end, des enfants sont venus faire des photos avec moi. Et je me dis que, peut-être, quand ils verront une personne en situation de handicap dans leur vie, ils se poseront moins de questions. Ils auront déjà vu que cette personne peut faire de belles choses.
J’ai du mal à penser que je peux inspirer, mais au moins, si je peux normaliser la chose, c’est déjà important.
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L’équipe de France et le championnat du monde 2021
Lionel :
En 2021, si je ne me trompe pas, tu entres en équipe de France et tu remportes, pour ton premier mondial, une médaille d’argent. Comment s’est passé ce championnat du monde ?
Nohan :
Quand on a commencé à parler de sélection, j’étais encore trop jeune. Ensuite, quand j’ai eu l’âge, il y a eu le Covid. Les compétitions ont été repoussées. En 2021, cela faisait plusieurs années que je travaillais et que j’attendais cette opportunité.
Le championnat du monde était à Dubaï. C’était ma première grande expérience internationale : premier grand déplacement, première sortie de France pour une compétition de cette ampleur, première fois avec l’équipe de France sur ce type d’événement.
On avait déjà commencé à travailler avec Ahmed Zemouri en équipe de France depuis 2018 ou 2019, donc il y avait une préparation derrière. Mais là, il fallait concrétiser.
Il y avait beaucoup de choses à digérer : être à l’étranger, gérer le rythme de la compétition, les entraînements à l’hôtel, l’attente, le fait que les para passent souvent sur les derniers jours de compétition. On est restés environ dix jours sur place.
Sur la compétition elle-même, j’ai fait ce que j’avais à faire. Je n’avais pas le niveau que j’ai aujourd’hui, mais le niveau mondial était aussi différent. Le para-karaté progresse beaucoup, donc le niveau monte chaque année.
J’ai passé mes tours petit à petit, puis je suis arrivé en finale. Je n’ai pas vraiment abordé cette finale comme une finale. Je me suis dit : « Va faire ton kata. » J’ai choisi Gangaku, un kata qui était encore assez récent pour moi, avec beaucoup d’équilibres sur un pied, une rotation, donc une prise de risque importante par rapport à mon handicap.
Mon travail d’équilibre n’était pas encore aussi solide qu’aujourd’hui. Mon adversaire avait un travail plus propre et plus expérimenté. Je perds cette finale, mais pour une première compétition internationale, faire deuxième, c’était déjà énorme.
Sur le moment, j’ai mis du temps à en prendre conscience. Quand on est dedans, on n’a pas toujours le recul. Aujourd’hui, je suis très fier de cette médaille.
C’était aussi une compétition particulière, avec le protocole Covid, peu ou pas de public, beaucoup de règles. Mais c’est une expérience très forte.
Lionel :
Je comprends très bien. Quand tu arrives pour la première fois sur une grande compétition, tu sais pourquoi tu es là, mais tu ne réalises pas encore tout ce que cela représente. Avec l’expérience, tu connais les rouages, les enjeux, l’environnement, et tu peux ensuite entrer dans une vraie recherche de performance.
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La préparation mentale et le besoin de soutien
Lionel :
Aujourd’hui, est-ce que tu es accompagné en préparation mentale ? Est-ce que tu travailles avec quelqu’un, ou est-ce que tu gères cela seul ?
Nohan :
Malheureusement, je n’ai pas encore les moyens de financer une préparation mentale sur le long terme. J’en ai eu un peu avec l’équipe de France, qui avait mis en place une petite cellule pendant quelques mois. C’était intéressant, mais il faudrait que cela dure dans le temps.
Personnellement, je n’ai pas encore trouvé de sponsor qui puisse m’aider à financer un vrai suivi. Pour tout ce qui concerne la compétition, l’approche du kata, la combativité, la réflexion autour de la performance, je travaille quand même beaucoup avec mes entraîneurs, notamment Ahmed Zemouri, et aussi avec d’autres personnes qui m’accompagnent techniquement.
Mais un vrai préparateur mental, extérieur au cadre technique, ce serait différent. Quelqu’un à qui on peut confier les doutes, les motivations, la gestion de la pression. C’est important d’avoir un espace dédié.
Moi, de base, je suis quelqu’un de motivé et travailleur. Avec l’expérience, j’arrive de plus en plus à atteindre un état particulier : être très présent pendant la compétition, très alerte, mais en même temps capable de lâcher un peu prise par rapport au résultat. C’est un équilibre que l’on retrouve souvent chez les athlètes.
J’arrive de mieux en mieux à le trouver seul, mais je pense qu’un accompagnement mental pourrait me faire passer encore un cap.
Lionel :
C’est important de le dire. Si des personnes regardent cette interview et souhaitent accompagner un athlète, le sponsoring est essentiel. Le karaté n’est pas un sport professionnel. Les athlètes ont besoin de soutien financier pour poursuivre leur carrière, se préparer correctement, accéder à des soins, à de la préparation physique, mentale, technique.
Si quelqu’un a un budget sponsoring à mettre en place, voilà un athlète qui en a besoin.
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Champion d’Europe 2024
Lionel :
Lors des derniers championnats d’Europe, tu décroches l’or. Tu deviens champion d’Europe. Quelles ont été les clés de cette victoire ? Et quelle émotion as-tu ressentie ?
Nohan :
Il y a eu un très gros travail technique. J’ai changé de club, je suis passé à Marseille pour mes études, et j’ai travaillé avec plusieurs personnes. Il y a eu un vrai travail sur la technique, pour atteindre le niveau attendu à l’international, notamment avec des arbitres très pointilleux.
Mais au-delà de la technique, il y a eu aussi un travail mental. Pendant ces championnats d’Europe, j’ai senti que je prenais de l’aisance. J’essaie maintenant de voir le tatami comme une scène. C’est mon espace. Je dois y démontrer mon travail.
C’est un cap important : prendre l’espace, montrer son karaté, ne pas avoir honte de sa pratique, prendre son temps, être vraiment dans le combat et pas seulement dans une démonstration de mouvements.
Quand on est au milieu d’un grand stade, on peut se laisser manger par la pression. Pour moi, il y a aussi des facteurs spécifiques : je ne vois pas le public, mais j’entends le son d’une grande salle. La résonance est différente d’un dojo. Les tapis sont plus ou moins durs, plus ou moins glissants. Comme je fonctionne beaucoup avec les sensations, cela peut être un facteur de stress.
J’avais parfois du mal à rester lucide pendant mes katas en compétition. Là, j’ai passé un vrai cap. Je me suis senti à ma place sur le tatami, et cela s’est vu.
Le titre en lui-même est incroyable. J’avais déjà fait plusieurs médailles de bronze. Aux mondiaux précédents, j’étais passé à côté de la finale et j’avais gagné la petite finale. Je savais que j’avais ma place en finale, et j’avais envie de le prouver.
Sur cette finale européenne, je me souviens d’un état presque de flow. L’entrée en finale est très forte : la musique, l’ambiance, le son, l’arène. On attend dans le sas, puis on entre dans l’espace de compétition. C’est très puissant.
Avant, ce genre d’environnement pouvait me faire stresser : comment va être le son ? Est-ce que la lumière va me gêner ? Est-ce que le tapis va glisser ? Là, je me suis dit : « Je sais ce que j’ai à faire. J’y vais. »
J’ai fait Gangaku, avec les équilibres. Tout s’est bien passé. J’ai fait le travail. Il y avait encore des détails techniques, bien sûr, mais par rapport à ce que j’avais préparé, j’ai rempli le contrat. Je gagne avec plusieurs points d’avance.
Sur le moment, j’ai mis du temps à réaliser. J’étais tellement concentré sur ma démonstration que je n’ai pas tout de suite lâché prise dans l’euphorie. Mais quand ma famille m’a envoyé les vidéos, avec les gens qui fêtaient ça en France, j’ai commencé à mesurer davantage.
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Porter la flamme olympique
Lionel :
Tu as aussi eu l’honneur de porter la flamme olympique à Carcassonne. Qu’est-ce que cela représentait pour toi, en tant qu’ambassadeur du para-karaté ?
Nohan :
C’était particulier. Au départ, je devais porter la flamme près de chez moi, dans le sud-est, mais cela tombait en même temps que les championnats d’Europe à Zadar. Ils m’ont donc trouvé une place à Carcassonne.
Je sortais tout juste des championnats d’Europe. On venait de passer une semaine en équipe de France, dans le rythme de la compétition. J’avais gagné le titre, j’étais un peu ailleurs, et j’avais aussi mes partiels qui arrivaient. J’étais un peu vidé.
Porter la flamme, cela va très vite : environ 200 mètres. Et il y a beaucoup de protocole. On doit faire les choses dans un ordre précis, prendre la flamme d’une certaine manière, la transmettre dans un certain sens. C’est moins « libre » que ce que l’on imagine.
Mais je suis fier d’avoir représenté le karaté et le para-karaté dans ce contexte olympique. Le karaté n’était pas aux Jeux, et c’était frustrant pour beaucoup d’athlètes. Pendant des mois, dès que des gens nous voyaient, ils nous demandaient si nous allions aux Jeux. Il fallait expliquer que le karaté n’y était pas.
Certains m’ont dit qu’il aurait fallu boycotter. Moi, je pense au contraire qu’il fallait être présent. Si on n’est pas là, on n’existe pas. Porter la flamme, même à une petite échelle, permettait de montrer que les karatékas sont là, que le para-karaté existe, et que nous avons aussi des athlètes de haut niveau.
Ma famille a fait la route avec moi, plusieurs heures aller-retour dans la journée. C’est une expérience qui se fait une fois dans une vie.
Lionel :
Je pense que c’est une bonne chose. Même si le karaté n’était pas aux Jeux, porter la flamme permet de parler de la discipline, des arts martiaux et des valeurs qu’ils transmettent.
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Études, sport de haut niveau et ergonomie
Lionel :
En parallèle de tes performances sportives, tu poursuis des études exigeantes. Tu es dans un cursus lié à l’ingénierie et à l’ergonomie de l’activité physique, c’est bien ça ?
Nohan :
Oui. Le nom exact est un peu long et difficile à expliquer. Je suis à l’université de Marseille, à la Faculté des sciences du sport.
Comme je suis athlète de haut niveau, j’ai un contrat avec la fac qui m’aide à aménager mon cursus. Je peux faire certaines années en deux ans, parce que je n’ai pas le temps de suivre tous les cours avec les entraînements et les compétitions. Parfois, on part dix jours, et cela tombe sur les périodes de partiels.
Ce que j’étudie est lié au mouvement humain, à l’ergonomie, à l’adaptation des interfaces à l’être humain. Cela peut concerner des produits, des interfaces, des outils professionnels, le secteur militaire, le sport, ou d’autres domaines.
Par exemple, quand on parle d’ergonomie d’une chaise, on réfléchit à la façon dont elle s’adapte au corps humain, au temps passé dessus, aux contraintes. Mais mon cursus va plus loin : il y a de la physique, des mathématiques, de la biologie, de la connaissance du corps humain, et aussi tout ce qui touche au cognitif, c’est-à-dire la façon dont l’humain réagit à une stimulation auditive, visuelle, tactile.
Ce qui m’intéresse, c’est la recherche, ou la recherche et développement. J’aime l’idée de créer des outils, d’étudier leur usage, d’aider des personnes à gagner en autonomie ou en performance.
En ce moment, par exemple, je m’intéresse à des outils qui pourraient aider les personnes en situation de handicap visuel à être plus autonomes : des caméras, des algorithmes, des dispositifs capables de décrire l’environnement pour se déplacer d’un point A à un point B sans forcément avoir besoin d’un guide.
J’aime ce mélange entre science et créativité. Il faut être rigoureux, chercher des informations de manière scientifique, mais aussi inventer.
Mes journées peuvent être très longues. Il m’arrive de faire des journées de 8 h à 22 h entre les cours et l’entraînement. Tout n’est pas toujours adapté à mon handicap. Par exemple, la programmation est très visuelle, donc il faut trouver des outils et des adaptations.
Mais mon objectif, au-delà du sport, c’est d’aller vers la recherche, peut-être jusqu’au master, voire au doctorat.
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Intervenir auprès des jeunes
Lionel :
On ressent bien ton envie d’aider. C’est sûrement aussi pour cela que tu interviens régulièrement dans les écoles pour partager ton parcours. Est-ce que tu peux nous en parler ?
Nohan :
Oui. J’ai été pas mal sollicité par le comité départemental olympique, surtout dans le Var, près de chez mes parents. Avec l’année olympique, il y avait beaucoup de projets.
J’ai fait des interventions dans des écoles primaires, des centres aérés, des collèges, des lycées. On m’a même proposé d’être parrain d’une école ou d’un projet, mais je n’ai pas pu tout faire.
Le but est de partager mon parcours : parler du sport, du haut niveau, du handicap. Je ne peux pas séparer les deux, parce que dans ma vie, ils sont liés.
Souvent, je fais des questions-réponses avec les jeunes. Les enfants posent des questions parfois très directes, mais c’est intéressant de voir leur vision. Je suis très ouvert là-dessus : cela ne me dérange pas de parler de mon handicap. Au contraire, je pense que c’est important de ne pas le cacher.
Je leur montre aussi des choses concrètes, comme le travail avec l’élastique pour sentir la distance en combat. Cela leur permet de comprendre qu’on peut apprendre autrement, qu’on peut savoir où est l’adversaire sans le voir.
Les enfants réagissent beaucoup aux médailles. Ils ne comprennent pas toujours ce que représentent l’Europe ou le monde, mais quand ils voient une médaille d’or, cela leur parle.
À travers cela, j’essaie de montrer qu’on peut faire de la performance avec un handicap. Dans les écoles aujourd’hui, il y a davantage d’inclusion, donc beaucoup d’enfants ont des camarades en situation de handicap. Si mon intervention peut changer leur regard, ou simplement normaliser cette réalité, c’est déjà très important.
Je vois aussi la différence entre les enfants qui ont déjà une personne en situation de handicap dans leur entourage et ceux qui n’en ont jamais rencontré. Il y a parfois une barrière, et le fait de venir leur parler permet de la casser.
Si, plus tard, ces jeunes deviennent des adultes plus ouverts ou plus habitués au handicap, alors le pari est réussi.
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Les objectifs futurs et la reconnaissance du para-karaté
Lionel :
On arrive un peu vers la fin. Quels sont tes objectifs futurs ? Sur le plan sportif, mais aussi en dehors de la compétition : enseignement, reconnaissance du para-karaté, études ?
Nohan :
Je travaille pour beaucoup de choses à la fois.
Sur le plan du para-karaté, j’aimerais que la discipline soit de plus en plus reconnue. Actuellement, nous ne sommes toujours pas reconnus comme sportifs de haut niveau par l’État. Cela pose des problèmes concrets.
Par exemple, je peux m’arranger avec la fac pour aménager mes études, mais si j’étais déjà dans le monde du travail, ce serait beaucoup plus compliqué. Sans statut officiel, un employeur peut refuser des absences pour les compétitions ou les stages.
Il y a aussi des difficultés pour trouver des salles, des sponsors, financer un kiné, une préparation mentale, une préparation physique. Quand on n’a pas le statut sur le papier, il faut toujours expliquer que l’on est quand même champion, que l’on travaille au même niveau d’exigence.
Il y a donc un manque de reconnaissance. Le para-karaté se développe de mieux en mieux, et la Fédération française de karaté nous met vraiment en avant. C’est une belle dynamique. Mais le statut reste un sujet important.
Le fait d’être dans la Fédération française de karaté a aussi des avantages. Nous partageons des compétitions et des stages avec les valides. Les équipes de France valides et para se croisent, échangent. C’est assez unique. Dans beaucoup d’autres sports, les compétitions valides et para sont beaucoup plus séparées.
Donc il y a des difficultés administratives, mais aussi une vraie chance dans cette intégration.
Sur le plan sportif, bien sûr, je veux continuer à chercher des médailles et des titres. Mais surtout, je veux continuer à m’améliorer. Ce que j’aime, c’est voir qu’à chaque compétition, je suis meilleur.
Un objectif important pour moi serait que, si quelqu’un voit une vidéo de mon kata sans connaître mon handicap, il se dise simplement : « C’est un athlète de haut niveau. » Pas parce que je veux effacer mon handicap, au contraire j’en suis fier, mais parce que je veux atteindre un niveau où la performance parle d’elle-même.
Je veux aussi continuer à lier mes études et le sport de haut niveau, aller vers le master, peut-être le doctorat. Cela demande beaucoup de travail, parce que le handicap et le haut niveau créent ensemble des contraintes, mais je suis déterminé.
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Transmettre autrement : vers des stages autour des sensations
Lionel :
Tu parlais aussi de projets de stages. Tu pourrais partager tous les outils pédagogiques que tu as accumulés au fil des années. Cela pourrait aider des enseignants à travailler différemment, avec des pratiquants valides ou en situation de handicap.
Nohan :
Oui, j’ai plusieurs projets en tête, même si tout n’est pas encore prêt. J’aimerais proposer des stages de temps en temps, plutôt orientés kata, avec ma spécificité : mettre les gens en condition de travailler davantage avec la proprioception, les sensations, et moins avec la vue.
Ce serait ouvert à tout le monde. Même quelqu’un qui n’a pas de handicap peut essayer de comprendre comment on apprend sans voir ou en voyant très peu.
Il existe déjà une formation para-karaté proposée par la Fédération française de karaté, et c’est très bien. Mais mon objectif serait aussi de faire réfléchir les pratiquants et les enseignants autrement.
Les éducatifs, c’est important, mais il faut aussi savoir les développer soi-même. Se mettre à la place de quelqu’un qui ne voit pas est une première étape. Même pour quelqu’un qui voit, travailler avec les sensations du corps peut être très utile pour son karaté personnel et pour sa transmission.
J’aimerais partager cela avec mon prisme, mon expérience. Toujours avec cette idée : casser les barrières, ne pas avoir peur du handicap, venir tester, essayer.
Dans les mois ou années à venir, j’espère pouvoir mettre en place ce type de stages. Cela fait partie de mes objectifs, peut-être même pour l’après-carrière en compétition.
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Conclusion
Lionel :
Excellent. En tout cas, c’est un super parcours. Je te félicite et je te souhaite une très belle continuation dans tous tes projets.
Pour ceux qui regardent ou écoutent cette interview, n’hésitez pas à aller à la rencontre de Nohan, que ce soit sur les réseaux sociaux ou en compétition. Pas forcément juste avant son passage, bien sûr, parce qu’un athlète a besoin de rester dans sa bulle, mais après, allez échanger avec lui.
Merci beaucoup, Nohan.








