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Ce que tu évites à l’entraînement finit par limiter ta progression

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Il y a quelques années, un ami entraîneur de tennis m’a raconté l’histoire de l’un de ses élèves. Ce joueur n’était pas mauvais. Il avait même de réelles qualités et pouvait donner du fil à retordre à beaucoup de monde. Mais il avait un problème : il refusait pratiquement d’utiliser son revers.

Dès que la balle arrivait de ce côté, il se déplaçait pour la reprendre en coup droit. Il courait beaucoup, parfois énormément, simplement pour éviter d’avoir à jouer ce revers qu’il maîtrisait moins bien. Tant que son adversaire ne connaissait pas cette faiblesse, cela pouvait fonctionner. Mais dès que celui-ci comprenait comment il jouait, il lui suffisait d’insister sur son revers pour le mettre en difficulté.

Son entraîneur a alors pris une décision radicale : pendant trois mois, interdiction d’utiliser son coup droit. À l’entraînement, il ne devait jouer qu’en revers.

Évidemment, les premières séances ont été difficiles. Cet élève, qui avait l’habitude de se sentir plutôt bon, a soudain eu l’impression de redevenir débutant. Il faisait davantage d’erreurs, perdait des échanges qu’il aurait normalement gagnés et ne pouvait plus se réfugier dans son point fort. Mais progressivement, son revers s’est amélioré. Lorsqu’il a enfin été autorisé à réutiliser son coup droit, son jeu avait complètement changé. Il ne courait plus dans tous les sens pour éviter certaines situations. Il pouvait utiliser les deux côtés et devenait beaucoup moins prévisible.

Cette histoire a servi de point de départ à une discussion d’une heure avec les membres d’Imagin’ Arts Digital, pendant notre Pause Café mensuelle. Le podcast complet de cet échange est disponible sur la plateforme. Nous étions partis d’une question : faut-il parfois désapprendre pour progresser ? Mais au fil de la discussion, nous nous sommes rendu compte que le mot « désapprendre » n’était peut-être pas le plus juste.

Le joueur de tennis n’avait probablement jamais ignoré l’existence du revers. On lui avait certainement montré comment l’exécuter. Il savait sans doute le faire dans une situation contrôlée. Seulement, dès que le jeu devenait libre, il choisissait automatiquement la solution dans laquelle il se sentait le plus efficace.

Nous faisons exactement la même chose dans les arts martiaux.

En combat, certains pratiquants utilisent toujours le même enchaînement. Ils ont un kizami-zuki suivi d’un gyaku-zuki qui fonctionne bien, une attaque de la jambe avant particulièrement rapide ou un contre en ura-mawashi-geri qu’ils réussissent mieux que les autres. Ils savent que cette technique fonctionne et ils finissent par construire toute leur pratique autour d’elle.

Avoir un point fort n’est évidemment pas un problème. Au contraire, nous avons tous besoin de développer des techniques sur lesquelles nous pouvons compter. Le problème apparaît lorsque ce point fort devient notre seule réponse.

Tant que le niveau d’opposition reste adapté, cela peut suffire. Puis nous rencontrons des partenaires qui commencent à nous connaître, qui lisent mieux nos intentions ou qui possèdent simplement un niveau supérieur. Notre attaque favorite ne passe plus. Nous essayons pourtant de la refaire, parfois plus vite ou plus fort, mais sans véritablement changer notre manière de pratiquer.

Ce qui nous avait permis de progresser finit alors par limiter notre progression.

Cela se retrouve également en kata, en kihon et dans le travail avec armes. Nous pouvons éviter une position dans laquelle nous sommes moins à l’aise, privilégier systématiquement notre côté fort ou utiliser une défense avant même d’avoir réellement observé l’attaque. Nous ne choisissons plus la réponse la plus adaptée. Nous choisissons celle que nous savons déjà faire.

Il existe aussi une différence importante entre savoir exécuter une technique et savoir l’utiliser. Dans un exercice prédéterminé, nous pouvons parfaitement réaliser une parade, une esquive ou un déplacement. Nous connaissons l’attaque, la distance et le moment où elle va partir. Mais dès que nous passons dans un travail libre, cette compétence disparaît et notre corps revient immédiatement vers ses habitudes.

Nous n’avons donc pas forcément besoin de désapprendre. Nous devons plutôt empêcher temporairement notre ancienne solution d’occuper tout l’espace.

C’est ici que le travail sous contrainte devient particulièrement intéressant. Si tu utilises toujours ta main forte, travaille avec l’autre. Si tu recules systématiquement, impose-toi un exercice dans lequel tu n’as plus le droit de reculer. Si tu interceptes toujours les attaques à longue distance, oblige-toi à travailler plus près afin de développer tes parades, tes déflexions ou tes esquives. Si tu reviens constamment vers la même attaque, interdis-la-toi pendant quelques combats éducatifs.

La contrainte doit néanmoins rester adaptée. Il ne s’agit pas de se mettre volontairement en échec sans savoir ce que l’on cherche. Elle doit répondre à une difficulté clairement identifiée et créer les conditions nécessaires pour faire apparaître une autre solution.

Il faut également accepter que notre efficacité diminue temporairement. Lorsque nous retirons notre meilleure arme, nous devenons forcément moins performants. Nous pouvons être touchés par des partenaires que nous dominons habituellement ou perdre nos repères. C’est souvent à cet endroit que l’ego intervient.

Nous aimons nous sentir compétents. Nous aimons montrer ce que nous savons faire. Revenir vers une situation inconfortable peut nous donner l’impression de régresser. Pourtant, nous ne sommes pas en train de passer un examen ni de prouver notre valeur. Nous sommes dans un éducatif. Nous avons le droit d’essayer, de nous tromper et même d’être momentanément moins bons.

Le rôle de l’enseignant consiste aussi à présenter cette contrainte de la bonne manière. Il ne s’agit pas de retirer quelque chose au pratiquant ou de dévaloriser son point fort. Il faut lui montrer que ce travail va lui permettre, plus tard, de mieux utiliser ce qu’il sait déjà faire. En développant son revers, le joueur de tennis n’a pas perdu son coup droit. Il l’a rendu encore plus dangereux, parce que son adversaire ne pouvait plus organiser tout son jeu autour d’une seule faiblesse.

Progresser ne consiste donc pas toujours à accumuler de nouvelles techniques. Cela peut aussi consister à élargir notre champ de réponses, à approfondir ce que nous connaissons et à cesser d’être prisonniers de nos préférences.

La question à te poser est finalement assez simple : qu’est-ce que tu utilises toujours parce que tu sais que cela fonctionne ? Et surtout, qu’est-ce que tu évites parce que tu as peur de te sentir moins performant ?

La prochaine étape de ta progression se trouve peut-être précisément à cet endroit.

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Lionel Froidure

Fondateur de Imagin' Arts - CN 7ème Dan Karaté - CN 7ème Arnis Doblete Rapilon - Professeur diplômé d’état DEJEPS - Instructeur Arnis Kali 3ème degré WADR - Enseignant au Blagnac Arts Martiaux - Ma citation : "Pour être un pratiquant il faut pratiquer. Alors pratiquons. » - J’adore partager mes connaissances pour vous permettre de progresser que ce soit au dojo, en stage et bien sur dans le Club Vidéo.

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lionel froidure karate

Je suis Lionel Froidure – 7e dan Karaté /  7e degré Arnis / réalisateur / formateur.

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